JÉRÉMIE : SÉDUIT OU TROMPÉ PAR DIEU ?

La vocation et la mission du prophète ne garantissent pas son succès. La puissance efficace de la Parole de Dieu ne l'emporte pas sur la liberté humaine. Après les prédications d'Amos, d'Osée et d'Isaïe, Israël et Juda ont persévéré dans l'infidélité à l'Alliance. Israël, le premier, se précipite dans le chaos : son royaume est anéanti par l'Assyrie en 721. Juda lui survit de quelques 130 ans, avant d'être à son tour envahi par les Babyloniens. Jérusalem tombe en 587, son Temple est détruit, sa population dispersée. En est ce fini de son Dieu ?

Durant toutes ces années de détresse, d'agonie et de mort, la Parole de Dieu continue à retentir, toujours vivante, paradoxale. Le prophète Jérémie en est le témoin privilégié et souffrant. Bien plus qu'à travers ses oracles, la Parole de Dieu s'exprime par sa vie; Jérémie expérimente dans sa propre personne le drame de l'Alliance rompue. D'une part, il partage entièrement les conditions d'existence de plus en plus dramatiques de ses contemporains; d'autre part, rejeté de tous pour ses reproches et ses prises de position irréductibles, il communie à la solitude de Dieu abandonné des siens, dont il est comme le vivant symbole. Lui même devient "parole de Dieu".

Il n'empêche qu'au 6e siècle avant Jésus Christ comme aujourd'hui, la tentation est grande de chercher des évidences, de vouloir utiliser la parole de Dieu pour sa propre satisfaction ou sa propre sécurité, même religieuse, qu'elle soit personnelle ou communautaire. L'authentique parole de Dieu se reconnaît-elle à l'agrément, à la paix qu'elle procure, aux jours meilleurs qu'elle annonce ? Assurément non. La Parole de Dieu s'impose à la conscience par sa véracité et ses exigences. Elle oblige à maintenir constamment serré le lien entre la parole écrite, la Loi sur laquelle repose l'Alliance, et la vie quotidienne, actuelle. Elle n'apporte pas nécessairement la paix, encore moins la facilité. C'est précisément le drame de Jérémie d'être acculé, dans un contexte de chaos, à annoncer une parole incontournable pour lui et inacceptable pour les autres, sans avoir jamais pu lui même en recueillir ni en observer les effets positifs. La Parole de Dieu le fascine, mais aussi elle l'écrase : la vie de Jérémie est comme crucifiée, écartelée entre ces deux expériences : la séduction et le doute.

Personnalité de Jérémie

Il semble que, de par ses origines familiales déjà, Jérémie ait été socialement prédisposé à la solitude, à l'incompréhension, voire au rejet. Bien que prêtre, il ne paraît, en effet, bénéficier d'aucune considération spéciale et on ne le voit jamais exercer ses fonctions. De plus, ses oracles révèlent une personnalité fragile, hypersensible, vulnérable à toute souffrance et ouverte aux moindres joies de la vie quotidienne. Son univers est celui de la vie familiale, avec ses humbles réalités qui évoquent la paix, le bonheur : c'est là qu'il cherche les images qui inspirent la poésie de ses oracles: les chants des amoureux, le bruit de la meule, le travail du potier, l'arbre en fleur, la marmite qui bout, le repas de fête qui rassemble dans la joie toutes les générations de la famille, les enfants dans la rue, etc.  ... Toutes ces simples réalités évoquent pour lui rien moins que le bonheur eschatologique   ou le malheur, quand elles viennent à disparaître   ! Jérémie est un homme de dialogue, pour qui les valeurs affectives l'emportent sur celles de la raison. L'usage des pronoms personnels "je" et "tu" surabonde dans ses oracles; celui du verbe "connaître" également, avec la nuance d'intimité amoureuse qui lui est propre. Il sait toute la force d'une expression comme "être avec". Prononcée par Yahvé en sa faveur, l'affirmation "je serai avec toi" suffira pour soutenir durant toute sa vie à travers la solitude et la souffrance, cet homme fragile, fait pour la communion, le partage, la paix et la joie familiale.

Vocation du prophète

Cette promesse lui est faite par Dieu au moment de sa vocation qui l'atteint alors qu'il n'est encore qu'un adolescent (ch. 1). Il se découvre alors, de la part de Dieu, l'objet d'un amour prévenant et intime qui l'a mis à part pour une mission à portée universelle. Issu d'un lignage de prêtres peut être exclu des fonctions sacrées, le voilà paradoxalement consacré par Dieu lui même, pour exercer sur les nations un sacerdoce prophétique! C'est que l'appel de Dieu ne procède pas selon des critères de choix naturels. Il tient compte des préparations humaines, mais de façon déconcertante ! Jérémie ne reçoit pas sa vocation dans le cadre du culte, dans un espace sacré environné de prière comme Isaïe par exemple, ou même Moïse ou Samuel. Seule la réalité de la Parole de Dieu remplit tout le champ de son expérience, cette parole que Jérémie doit recevoir et transmettre pour qu'elle s'accomplisse: parole menaçante qui ne sera constructive et féconde qu'après avoir arraché et renversé, exterminé et démoli  (v.10). La fidélité de Jérémie à sa vocation est à ce prix, mais on comprend  d'autant  mieux  sa protestation  effrayée: Je suis un enfant ! (v.7). Humainement, Jérémie se sait incapable d'assumer les exigences de la Parole. Il est trop jeune et ses origines familiales le privent de tout  crédit pour parler au nom de Dieu. Mais la Parole elle même fait dépasser la contradiction insoluble qu'elle soulève. Seule la promesse de Dieu d'être avec Jérémie suffira à faire de lui une forteresse (v. 8 et 19). Yahvé s'engage personnellement dans sa mission, il s'y implique au point que la parole divine s'identifie à celle du prophète. Yahvé touche la bouche de Jérémie; il se l'approprie, pour ainsi dire, et dès lors garantit par avance l'authenticité de ses oracles (v.9). Deux visions confirment et illustrent la parole : elles soulignent toutes les deux l'imminence de son accomplissement et surtout le caractère inéluctable de la menace qu'elle apporte (v.11ss). Jérémie, d'un bout à l'autre de son long ministère (4O ans), devra inlassablement dénoncer la gravité croissante du péril babylonien, non pas pour stimuler ses contemporains à résister, bien au contraire, ni pour les persuader d'adopter un comportement moral qui leur permettrait d'éviter la catastrophe, mais plutôt pour les convaincre que celle ci est inévitable et pour décourager leurs illusions et leurs espoirs naïfs.

Réforme religieuse et transformation du cœur

Dans une première étape de sa carrière, Jérémie contribue par sa prédication à promouvoir le climat religieux favorable à l'accueil de la réforme entreprise par le saint roi Josias: il dénonce l'idolâtrie, comme l'avaient fait tous ses prédécesseurs, mais avec un accent particulier sur la souffrance de Yahvé abandonné par son épouse prostituée (ch. 2 6). Pour lui, le remède à cette trahison n'est cependant pas dans la réforme des institutions cultuelles qui se met en place, mais dans une transformation profonde des dispositions intérieures. Jérémie arrivera à la conviction que seul Yahvé peut l'opérer. Quand le peuple rebelle sera revenu à Dieu sous la conduite de pasteurs selon son cœur, même l'arche d'alliance sera devenue inutile (3,14 17) ! Ce que Dieu prépare, c'est une création nouvelle. Jérémie l'affirme en conclusion d'un long poème (ch. 30 31) où il célèbre, avec ses contemporains, l'espoir du retour des exilés du Nord, soulevé par la chute de Ninive en 612. Il présente cette perspective comme une rentrée en grâce de la vierge d'Israël éternellement aimée, auprès de son époux Yahvé, comme un geste irrésistible de pardon de la part d'un père débordant de tendresse pour son fils préféré. Les thèmes et les termes sont très voisins de ceux d'Osée. Seul l'Amour de Dieu, obéissant à l'émotion de ses entrailles, peut créer l'univers nouveau et purifier le fonds corrompu du cœur d'Israël (30,20).

L'espoir en ruine

Mais Jérémie ne verra pas se réaliser son espérance. En effet, le peuple n'a pas encore traversé jusqu'au bout  l'épreuve du désert, préalable nécessaire au face à face de l'amour; il n'a pas encore sombré dans le chaos d'où peut jaillir l'œuvre de la création nouvelle. En 609, la mort brutale de Josias   dans une bataille où il tente avec présomp-tion de peser dans l'équilibre des forces internationales anéantit tous les espoirs. Elle prive définitivement Israël de son indépendance politique, d'abord en faveur de l'Egypte et, quatre ans plus tard, en faveur du nouveau roi de Babylone, Nabuchodonosor. En 605, en effet, celui ci abattu l'armée égyptienne à Karkémish et s'est ainsi rendu maître de tout le Proche Orient ancien. Dès lors, la vie personnelle de Jérémie ne sera plus qu'une suite de contradictions et de persécutions, et celle de son peuple une lente progression vers la ruine, d'autant plus tragique qu'elle est inconsciente.

"Une caverne de brigands"

Jérémie s'attaque à cette inconscience. Avec une violence qui tient de la provocation, il conteste publiquement dans le Temple, un jour de grande fête, la confiance que les Judéens mettent dans leur sanctuaire parce qu'il assure auprès d'eux la présence de Yahvé (7,1 15). Pour lui, cette confiance est illusoire, elle est mensongère : elle ne s'appuie sur aucune conviction réelle; on invoque l'Alliance, mais sans en vivre. Le comportement des Judéens est contradictoire par rapport à la Parole de Dieu dont on conserve jalousement le "mémorial" dans le Temple. Loin d'être le gage de la protection divine, le Temple, dans ces conditions, perd tout son sens et toute sa valeur : il n'est rien d'autre qu'une caverne de brigands  ! Il sera anéanti comme jadis le sanctuaire de Silo (7,11 12) ! Le souvenir honteux de ce tragique événement n'est jamais réveillé dans la conscience nationale. Comparer Jérusalem à Silo, et cela en plein Temple, devant les responsables du culte et les fidèles, est un blasphème, une provocation insupportable, surtout si elle vient précisément d'un lointain descendant du sacerdoce maudit et pécheur de Silo! Jérémie aurait été lynché sans l'intervention de la police. Passé en jugement régulier   c'est le premier acte de "sa passion", il aurait été condamné à mort, s'il n'avait bénéficié de la protection efficace de certains personnages haut placés de la cour (ch.26). Il sera donc acquitté, mais dès ce moment, il vivra plus ou moins dans la clandestinité. Sa défense aura consisté uniquement et simplement dans cette affirmation qu'il oppose à la fureur de la foule : c'est Yahvé qui m'a envoyé (26,12). Il n'y a pas d'autres justifications à ses paroles et à ses actes; et Jérémie n'en cherche pas.

Rejet officiel et pérennité de la Parole

Mais le peuple, dans la personne de son roi, continuera à opposer à cette Parole un refus délibéré et tranquille. C'est l'épisode dramatique qui montre le roi Joyakim brûlant publiquement, après l'avoir lacéré au couteau, le rouleau contenant les oracles de Jérémie (ch. 36). Aucun refus pourtant ne peut empêcher la Parole de suivre son cours et de s'accomplir. Jérémie aussitôt reconstitue le contenu du rouleau et le fait recopier en y ajoutant encore beaucoup d'autres paroles du même genre (36,32) ! La Parole est réalité vivante, toujours en croissance! Impossible de l'étouffer. Désormais, c'est pour Jérémie la persécution ouverte. Elle ne l'empêche pas cependant de poser des gestes symboliques, aussi clairs qu'une prédication, ou de proposer des paraboles qui annoncent toutes le rejet du peuple par Yahvé. Le peuple est dans la main de Yahvé comme l'argile fraîche dans celle du potier. Le vase raté peut toujours être recommencé; si le peuple se convertit, une possibilité nouvelle reste toujours ouverte. Mais l'obstination d'un cœur mauvais (18,12) compromet tous les espoirs; Israël est plutôt comme ce vase neuf que Jérémie va casser sous les yeux du public, au nom de Yahvé, et qui ne peut plus être réparé (19,11) ! Il est aussi comme cette ceinture que le prophète a cachée dans les pierres de la rivière; elle est pourrie, plus bonne à rien. De même, le peuple, destiné à être attaché aux reins de Yahvé, est désormais irrécupérable... (13,1 11).

Solitude de Jérémie

Ce langage provocant et sans nuances attire sur Jérémie la haine et la persécution. Il est acculé à une solitude totale qui appartient à sa mission. Elle a valeur de symbole. Jérémie reçoit de Yahvé l'interdiction de se marier et d'engendrer, celle aussi de partager avec ses concitoyens les expressions habituelles de la vie sociale : ni mariages, ni enterrements (16,1 12). Par ce retrait, il signifie la solitude de Yahvé abandonné par son peuple. L'Alliance est rompue; toute espérance de vie est morte : ni joie possible, ni consolation permise. Dans ce contexte, il faut aussi replacer les "confessions" de Jérémie, document autobiographique de première valeur qui rapporte le dialogue du prophète avec Yahvé, dans la persécution. Menacé de mort par les membres de sa propre famille, Jérémie, loin de recevoir de Dieu consolation et encouragements, est prévenu au contraire que sa souffrance ne fait que commencer (12,5). Isolé, rejeté par ses proches, il se sent abandonné et trahi même par Dieu. La Parole de Yahvé qui l'avait fasciné et ravi, lui semble maintenant l'avoir trompé (15,18; 20,7); elle ne lui apporte qu'opprobre et malheur. La tension intérieure est si violente que Jérémie est tout près de renoncer à sa mission... et pourtant, la Parole de Dieu est plus forte que lui: elle est en son cœur comme un feu dévorant (20,7 9), impossible à maîtriser. Cette solitude de Jérémie face à Dieu lui même, les doutes, la révolte, le combat avec la Parole, ne sont pas des accidents de parcours de la mission du prophète, ils en sont l'expression la plus authentique. À travers sa solitude et son malheur, Jérémie témoigne d'une foi absolument pure, réduite à l'essentiel : la certitude d'une présence sur laquelle il n'a aucune prise, mais qui suffit à le rendre plus fort que tous ses ennemis : Yahvé est avec moi comme un héros puissant (20,11); Yahvé le "connaît", il pénètre jusque dans son intimité la plus profonde : il scrute les reins et les cœurs  et sa présence résout en la dépassant la tension intérieure que subit le prophète entre les aspirations naturelles de son cœur et les contraintes de la violence et de la solitude. Jérémie, au creux de son malheur, est un homme unifié par sa foi; il appartient déjà à cette création nouvelle que lui même a annoncée et qui doit surgir par delà le chaos.

Siège et chute de Jérusalem

La suite des événements le montre (ch. 37 44). Après la mort du roi, tué au cours du premier siège à Jérusalem, et la déportation de son successeur, Jérémie peut sortir de la clandestinité. Le nouveau roi, oncle du précédent, mis en place par les Babyloniens, lui est favorable, mais il est faible et constamment ballotté au gré d'influences contradictoires. Jérémie en subit les dramatiques conséquences. Tantôt libre, tantôt emprisonné dans les pires conditions, tantôt surveillé, tantôt condamné à mort puis relâché, il traverse toutes ces vicissitudes avec un calme imperturbable, une parfaite sérénité, une force intérieure inébranlable. Rien ne peut le détourner de proclamer que la chute de Jérusalem est décidée, que Nabuchodonosor est le serviteur de Yahvé à qui celui ci a tout remis (27,6), que la seule issue possible, pour les habitants de Jérusalem, consiste dans la reddition et, pour les exilés, dans la collaboration loyale avec les vainqueurs. Prédication défaitiste, elle décourage les assiégés et on comprend que les plus fervents d'entre eux aient souhaité et cherché la mort de celui qui était perçu comme un "collaborateur". Mais la versatilité du roi lui permet d'en réchapper. Lors de la chute de la ville, les assiégeants le trouveront dans la cour de garde et le libéreront. Lui, plutôt que de gagner Babylone et d'y vivre tranquille sous la protection des autorités, comme on le lui propose, préfère partager le sort précaire des pauvres gens laissés dans le pays. C'est par eux qu'il sera bientôt emmené en Egypte, contre son gré, après l'assassinat du gouverneur judéen établi par Nabuchodonosor. Jérémie sera seul, contesté, méprisé, rejeté jusqu'au bout. En Égypte, il devra encore dénoncer les compromissions de ses compatriotes avec les cultes idolâtriques locaux. C'est après sa mort seulement qu'on reconnaîtra la Parole de Dieu dans sa vie souffrante et solitaire.

"On achètera encore des maisons et des champs..."

Lui même, au fond de son cachot, au plus fort du siège de Jérusalem, a posé un dernier geste symbolique qui jette la lumière sur toute son existence (ch.32). Au moment où, autour de lui, tout est perdu, où la nation entière avec son roi et sa capitale se précipite dans le chaos, Jérémie prend une décision absurde. Il fait usage, en bonne et due forme, de son droit de rachat sur un champ de son pays natal, déjà complètement ravagé par la guerre ! L'acte est signé devant témoins et le prophète conclut : On achètera encore des maisons, des champs et des vignes dans ce pays (32,15). Malgré sa brièveté, ce petit oracle de salut tient sa force et son immense puissance d'évocation du moment et du lieu où il est prononcé; dans le chaos, la mort et la ruine, du fonds même de la prison, l'espérance peut naître: la création nouvelle s'annonce. C'est la perspective d'une Alliance renouvelée (31,31 34), tout autre que la précédente, qui est comme le fruit porté par la passion de Jérémie, "l'aboutissement intégral de sa vocation" (Néher) . Désormais, la Parole de Dieu n'est plus confisquée en une formulation écrite, gravée sur la pierre, froide ou comme imposée du dehors. L'Alliance repose sur une "parole vivante", une force intérieure établie au fond de l'être, l'Amour créateur de Dieu, définitivement donné et définitivement accueilli. Pas plus avec Dieu qu'entre les humains, la "connaissance" réciproque de ceux qui s'aiment ne s'apprend dans les livres...! On la découvre et on en vit quand on libère la profondeur de son propre cœur.

 

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Que conclure ?

La Parole de Dieu a t elle séduit ou trompé Jérémie ? Sans doute, elle l'a séduit, mais qui en reste à la séduction se découvre bientôt trompé. La Parole de Dieu ne se laisse pas enfermer dans nos attentes, dans les formes provisoires que nous leur donnons. Comme l'Amour, elle demeure toujours "au delà", disponible, cachée et à découvrir. L'expérience humaine contribue à cette découverte; vécue loyalement, elle interdit l'arrêt, la possession. Elle même se révèle "parole" où Dieu se dit. Ainsi en est il de la souffrance de Jérémie. Il arrive que Dieu demande au prophète précisément ce pour quoi il n'est pas fait, c'est à dire l'impossible. D'où une douloureuse contradiction intérieure qui le livre à la seule force divine sur laquelle il s'appuie. L'épreuve "dit" alors, mieux que les mots, le vrai visage de Dieu. Car l'insuffisance des moyens humains, le rejet, la solitude, l'échec apparaissent comme le lieu même où peut se révéler la puissance créatrice de Dieu. L'amour exige le dépouillement. La victoire de l'Amour de Dieu sur le péché des hommes suppose la défaite de toute entreprise totalitaire, des fausses sécurités religieuses, des tentatives de redressement institutionnel, des ambitions du pouvoir...  Seul sauve le retournement opéré au fond du cœur. C'est là que triomphe la Parole du Dieu véritable qui est Amour. 

 

                                                                                    Sœur Loyse Morard