Homélie
prononcée à Ermeton-sur-Biert par le
Ceux qui ont composé le lectionnaire liturgique n’ont évidemment pas prévu que
ces lectures prendraient place au cours de la journée qui nous réunit. Mais on
ne peut jamais retirer la liturgie du contexte dans lequel elle se célèbre.
Qu’a-t-elle donc à nous dire aujourd’hui ?
Rien de nouveau sous le soleil. La violence, la cruauté, les accidents font
toujours partie de notre quotidien. Malheureusement. Être moine en 2003, ce
n’est pas y échapper. Ce n’est pas non plus échapper à la question qui, pour
certains, explique le refus de Dieu chez tant de nos contemporains. Si Dieu
existait, cela ne se produirait pas. Ou du moins il ferait un tri dans ceux à
qui cela arrive. «Pensez-vous que ces personnes étaient de plus grands
pécheurs, étaient plus coupables ?»
Peut-être que c’est un des grands défis à relever en ce troisième millénaire
qui commence. Dire Dieu, faire découvrir que la bonté de Dieu, c’est de s’être
montré infiniment faible. Dieu n’a pas encore renversé Satan de son trône ;
Satan a toujours beaucoup de pouvoir et Dieu ne proteste pas. Si Dieu ne se
retenait pas, qu’est-ce que nous pèserions dans la balance ? Sans doute pas
grand-chose. Dieu est entouré de grande gloire, mais il accepte autour de lui
la petite gloire de ceux et celles qui sont parvenus à la sainteté. Il s’est
même laissé tuer, sans tellement réagir.
«Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière.»
J’entends cette phrase un peu comme si Jésus nous disait : «Si vous ne
convertissez pas votre approche de Dieu, Dieu lui-même périra dans votre monde.
Il sera comme le figuier desséché dont on veut se débarrasser. A quoi bon
épuiser la terre avec un Dieu dont on ne sait plus rien faire ?»
L’Évangile emploie le mot «convertir». Il ne dit pas «casser, détruire, faire
disparaître». Convertir notre approche de Dieu. Traquer toutes les manières de
parler de Dieu qui ne correspondent pas à la manière que lui-même a utilisée
pour parler de lui-même. C’est une œuvre de longue haleine, de très longue
haleine. Et souvent, il faut demander une année supplémentaire. Donne-moi
encore une année.
Souvent, nous plaçons Dieu face à sa responsabilité devant le Mal mondial.
D’une certaine façon, c’est lui attribuer trop de pouvoir. Il faut convertir
cette démarche. Non pas y penser, non pas en parler, non pas en faire le thème
de colloques ou de journées, mais réellement y contribuer. C’est un défi,
certainement. Une action à mener, à notre mesure. Humble et modeste, comme
celle de Dieu.
Comme dit saint Paul, ce n’est pas l’œuvre de la chair. Celle-ci tend à se
révolter contre Dieu. Sous l’emprise de la chair, on ne peut pas plaire à Dieu,
on ne peut pas parler de lui d’une manière qui lui plaise. Sous l’emprise de
l’Esprit, on trouve la liberté de se défaire des mauvaises approches de Dieu.
Sous l’emprise de l’Esprit, on trouve la liberté, on laisse Dieu faire de
grandes choses en nous, mais en laissant à Dieu le soin de savoir ce qui est
grand, en laissant à Dieu le soin de désigner les merveilles qu’il entend faire
pour nous.
Cela dépend de nous que le pain soit bon ou mauvais. C’est Dieu qui a eu la
faiblesse de dire : ceci est mon corps. Et en plus la faiblesse de le partager.
Les grandes âmes acceptent de s’exposer à cette faiblesse de Dieu, elles se
laissent construire par cette faiblesse. Le Cantique de la Vierge le dit de
façon inimitable. L’eucharistie le fait, chaque fois que nous la partageons.