LE DEUTÉRONOME

 

 

INTRODUCTION

 

Le nom

Dt 17,18, à propos des devoirs qui incombent au souverain, prescrit que, lors de son accession au trône, le roi devra écrire sur un rouleau "une copie de cette Loi" qui ne le quittera plus et lui rappellera constamment ses responsabilités et sa situation vraie devant Yahvé, pour le craindre, garder ses paroles et ne pas s'enorgueillir au milieu de ses frères (v. 19-20). Ce verset est à l'origine du nom "deutéronome" donné au 5e livre du Pentateuque. La version des LXX traduit en effet: "il écrira pour lui cette seconde Loi (to deuteronomion) dans un livre". La traduction, inexacte, a été retenue pourtant par la tradition comme titre de tout l'ouvrage. Elle évoque le fait que le Dt se présente non pas comme une Loi nouvelle (une seconde Loi), mais comme une reprise adaptée de la première Loi promulguée par Yahvé au Sinaï. C'est un livre réformateur, destiné à promouvoir et à guider un mouvement de renaissance religieuse dans une période critique de l'histoire d'Israël.

La forme

D'après la forme donnée au texte par ses auteurs, le Dt se réfère à l'époque qui précède immédiatement l'entrée en Terre promise. Il développe un discours d'adieux adressé par Moïse, juste avant sa mort, aux Israélites de la seconde génération qui vont entrer en Terre Promise. Pour ceux-ci, au seuil de la mutation très profonde et dangereuse qu'ils vont vivre, Moïse transmet la révélation de la volonté divine dans sa totalité, selon une Loi qu'ils ne seront appelés à pratiquer qu'à partir de leur sédentarisation. Seul, le noyau de cette Loi, le décalogue (Dt 5,6-21), représente la révélation sinaïtique proprement dite. Les autres développements sont prêtés à Moïse comme des adaptations de cette révélation primitive, conçus pour se prêter aux conditions concrètes de la vie en Terre Promise. C'est dire que les auteurs du Dt, même dans ses couches les plus anciennes, avaient conscience de proposer une législation marquée par une réelle distance par rapport à la vie des Israélites au désert. En fait, la législation deutéronomique, à l'exception du décalogue, reflète la vie d'une société tout autre que ce que pouvait être celle des Israélites à l'époque de Moïse.

Place dans le Pentateuque et structure

Par sa place à l'intérieur de l'ensemble des livres bibliques, le Dt occupe une position charnière. Il termine le Pentateuque en s'achevant par le récit de la mort de Moïse et fait donc corps avec lui; mais, d'autre part, il présente des points de contact manifestes, au point de vue du style et de la théologie, avec l'ensemble historique formé par Jos, Jg, 1-2 Sm et 1-2 R. Cet ensemble constitue une vaste fresque historiographique dont la rédaction finale date de l'exil et dont le but est de proposer une interprétation théologique de la catastrophe qui vient d'anéantir la nation. Israël, le peuple élu, bénéficiaire des promesses divines à Abraham et à David, partenaire de l'Alliance conclue par l'intermédiaire de Moïse, a été infidèle à sa vocation et a rompu l'Alliance. L'historiographie deutéronomiste est dominée par la conscience du péché de la nation. Comme clé de compréhension des événements, ses auteurs se servent de la Loi du Dt, en l'intégrant en guise d'introduction à toute l'œuvre, non sans l'avoir retouchée pour l'adapter à leur projet.

Signification théologique

Par cette position charnière entre le Pentateuque et l'histoire deutéronomiste, entre la réalité primitive de l'alliance sinaïtique à l'époque de Moïse et sa mise en œuvre effective dans la vie concrète de la Terre promise, le Dt est comme à cheval sur deux mondes, deux époques; sa prédication nous fait entrevoir comment est possible la continuité du salut en dépit des ruptures sociales: le passage du monde ancien à la vie nouvelle doit s'effectuer dans l'harmonie, par le progrès et l'approfondissement de la vraie religion au niveau du cœur. Loin d'être un risque fatal, un danger à fuir, la sédentarisation, l'intégration de la culture étrangère, est à la fois une épreuve et une grâce; elle doit déterminer le peuple à  une prise de conscience plus profonde de son élection particulière et à des options plus radicales et plus libres, plus engagées, au niveau du culte et de la vie sociale notamment. Car l'alliance et la promesse de bonheur sont une réalité d'aujourd'hui et non pas d'hier seulement. Toutes les générations d'Israël sont appelées à y participer, moyennant une fidélité intérieure dans l'amour et l'obéissance du cœur.

 

 

L'HISTOIRE DU DEUTÉRONOME

 

Cette intuition fondamentale du Dt confère à tout le livre une très  remarquable unité, en dépit des différentes couches littéraires qu'on  peut y distinguer  Le document primitif qui forme le noyau du livre, émane de tout un mouvement réformiste qui apparaît en plein jour à l'époque de Josias (640-609). Ce mouvement donnera naissance aux activités de l'école théologique et littéraire deutéronomiste qui, notamment dans la réflexion sur l'histoire, développera toutes les implications doctrinales du Dt primitif. Tandis qu'on peut faire remonter jusqu'à la fin du 8e siècle ou au début du 7e siècle la  composition de ce recueil primitif (cf. 2R 22,3ss; 23,1ss), 1'élaboration de l'histoire deutéronomiste, elle, se poursuit sur toute la fin de l'époque royale, depuis 622, date de la découverte du Livre de la Loi par Josias (2R 22,3ss) jusqu'à la ruine de 587 et même au delà, pendant l'exil. Ici, c'est le Dt dans sa teneur originelle qui nous intéresse.

 

La découverte du livre

La Bible nous fixe le "terminus ad quem" de sa rédaction: la réforme promulguée en 622 à Jérusalem par le roi Josias, à la suite, nous dit-on, de la découverte du livre dont les principes essentiels vont être aussitôt mis en œuvre: notamment l'abolition de tous les sanctuaires locaux et la centralisation du culte au seul temple de Jérusalem (2 R.23,8ss.15ss). Ces principes sont précisément ceux que développe le code deutéronomique. C'est dire que, dès avant ce moment, le code de lois qui constitue les chapitres 12-26 du Dt existait comme un ensemble indépendant, clandestin peut-être, mais déjà orchestré par toute une prédication qui l'encadre et imprime profondément sa marque jusque dans l'expression même de la législation. La question se pose de savoir d'où provient ce livre et qu'est-ce qui l'a fait placer puis découvrir dans le Temple.

Origine et première rédaction

Nous avons parlé de l'afflux des réfugiés du Nord vers Jérusalem, un siècle auparavant, en 721, à l'époque d'Ezéchias et de la chute de Samarie. Ces réfugiés étaient  issus notamment - et peut- être surtout - des couches les plus humbles de la société, non compromises dans les intrigues de cour et demeurées fidèles au yahvisme ancestral; ils vivaient sous l'influence des prophètes et des lévites gravitant aux abords des anciens sanctuaires du Nord. C'est sous leur pression, doublée de l'influence d'Isaïe, que, déjà au 8e siècle, Ezéchias avait esquissé un mouvement de réforme du culte attesté en 2 R.18,4 et dont seul 2 Ch 29-31 nous donne un écho un peu développé (mouvement marqué par la centralisation du culte et la remise en honneur de la célébration pascale: cf. 2 Ch 30,25). On peut admettre, non pas comme une certitude mais comme une hypothèse sérieuse, que dès l'époque d'Ezéchias – époque marquée aussi par  une intense activité littéraire (cf. Pr 25, 1) -  les réfugiés du Nord issus des cercles lévitiques et influencés par les prophètes, élaborèrent une première rédaction de ce qui deviendra le Deutéronome, en réaction contre la "canaanisation" du culte et du sacerdoce et pour soutenir le mouvement réformiste.

Clandestinité (le livre caché)

Celui-ci coïncidait aussi avec un allégement du joug du roi d'Assyrie aux prises avec d'autres préoccupations. Mais la fin du règne d'Ezéchias, avec le siège de Jérusalem miraculeusement interrompu en 701, fut marquée par une dure recrudescence de l'oppression assyrienne et la nécessité d'un revirement politique qui fut pleinement assumé par son fils et successeur, Manassé. La Bible nous présente ce dernier comme un souverain impie "qui rebâtit les hauts-lieux qu'avait détruits son père", notamment "des autels à toute l'armée du ciel dans les deux cours du Temple" (2 R.2l,lss et 5). C'est que Manassé entendait mener une politique de sécurité, d'alliance et de sujétion envers l'Assyrie, politique qui impliquait en plus du versement du tribut, la soumission officielle aux divinités du roi suzerain. On devine aisément, dans ce contexte, la clandestinité forcée à laquelle furent réduits les cercles yahvistes inspirateurs de la réforme. Le règne de Manassé devait durer 45 ans, prolongé de deux ans par celui de son fils Amon qui poursuivit la même politique.

Durant cette sombre période marquée par la persécution anti-yahviste ("Manassé répandit le sang innocent en si grande quantité qu'il inonda Jérusalem d'un bout à l'autre": 2R.21,16), les fidèles partisans de la religion nationale furent acculés à se cacher et à mettre à l'ombre les indices trop manifestes de leur orthodoxie, parmi lesquels, au premier chef, la synthèse primitive du Deutéronome, qui était comme le manifeste de leur mouvement. Ainsi le "Livre de la Loi" (2 R.22,8) ou "de l'Alliance" (23,2) fut-il camouflé dans le Temple, puis peut-être oublié. Amon tomba bientôt victime d'un complot, mené sans doute par un parti anti-assyrien, et son fils Josias fut porté au pouvoir par "le peuple du pays", soutien fidèle de la dynastie davidique (2 R.21,23ss).

La réforme de Josias

Josias épousa l'orientation politique du parti qui avait fait tomber son père. Dix ans après son accession au trône, Assourbanipal mourut (631) et cette mort, qui coïncidait de peu avec l'avènement d'une nouvelle dynastie à Babylone, marqua le début du déclin assyrien. À la faveur de ce revirement politique, les espoirs d'indépendance et de réunification du royaume reparurent à Jérusalem. C'est le contexte dans lequel il faut resituer la réforme de Josias, rien n'étant plus favorable à la liberté et à l'unité politique que le retour à l'authenticité nationale et à l'intégrité religieuse. Comme première expression de la politique réformatrice, on entreprit une épuration radicale du culte en restaurant le Temple de Jérusalem. C'est au cours des travaux de restauration que le personnel du Temple "découvrit" le "Livre de la Loi" (2 R 22,3ss). Sa découverte, après tant d'années de persécution et d'oubli, fut perçue et utilisée comme une puissante confirmation accordée par Dieu lui-même à la politique royale. Ainsi le Dt primitif fut-il brandi, et plus tard considéré, comme le point de départ de toute la réforme.

 

LES TRADITION PRÉDEUTÉRONOMIQUES

 

Mais quelles sont les traditions que sa découverte allait remettre en honneur ? Essentiellement, les anciennes traditions prémonarchiques des tribus, celles-là précisément qui s'étaient conservées dans les sanctuaires du Nord, en marge de la baalisation du sacerdoce officiel. En clair: les traditions de l'Alliance. La fête de Pâque fut ainsi remise en honneur par Josias dans le cadre de sa réforme. En 2 R 23,22 on lit ce commentaire significatif: "On n'avait pas célébré une Pâque comme celle-là depuis les jours des Juges qui avaient régi Israël et pendant tout le temps des rois d'Israël et des rois de Juda".

Origine liturgique:

Si le noyau central du Dt est constitué par un code législatif, il est cependant aisé de reconnaître, dès la première lecture, que même dans cette partie centrale, le style n'a nullement l'aridité et la rigueur froide de la littérature juridique. Au contraire, d'un bout à l'autre du livre, le style est direct, chaleureux, il prend à parti, il rejoint l'"affectus", il veut "toucher" par des exhortations répétées, des appels et des mises en garde qui se présentent surtout à la 2e personne sur un ton tout personnel. C'est que le Dt est une législation prêchée, une catéchèse orale qui use des formules de l'art oratoire. Dès lors, on la conçoit mal comme le produit d'une réflexion en chambre ou d'un enseignement théorique, même s'il est d'une grande profondeur religieuse. La prédication suppose un cadre liturgique, cultuel, et le texte lui-même nous renvoie à un tel cadre, notamment quand il prescrit une lecture périodique de la Loi à l'occasion du rassemblement de la fête des Tentes (31,9ss), ou quand il rappelle la lecture solennelle prononcée jadis par Josué sur le Mont Ebal, à proximité du sanctuaire de Sichem (27,11-14 ; Jos 8, 30ss ; 24).

La fête du renouvellement de l'Alliance

On peut voir dans ces textes, éclairés par le récit de Jos 24, l'indice qu'il existait en Israël, avant la royauté, la coutume d'un rassemblement périodique de toutes les tribus à Sichem (ou au sanctuaire qui abritait l'arche d'alliance); le peuple y renouvelait son alliance avec Yahvé en écoutant la proclamation de sa Loi et en s'engageant à la mettre en pratique. Cette cérémonie impliquait aussi le rappel historique des événements du Sinaï. Le Dt primitif pourrait être l'héritier de cette très antique coutume, tombée en désuétude depuis la monarchie, au  profit notamment des cérémonies du Temple de Jérusalem (calquée, comme on l'a vu à propos du transfert de l'arche par David à Jérusalem, sur les festivités agraires cananéennes). Malgré les mutations cultuelles entraînées par la construction du Temple (ou par les liturgies royales des sanctuaires officiels), la prédication de la Loi par les lévites a pu se poursuivre en dehors de son cadre liturgique et se développer encore, mais toujours sur la base du schéma primitif de la célébration de l'Alliance. Or le Dt porte dans sa structure littéraire la marque de ce schéma.

La théologie de l'Alliance…

Dès l'époque de Moïse, et plus tard surtout dans les milieux prophétiques du Nord, les penseurs de la Bible ont conçu la relation du peuple de Yahvé avec son Dieu en termes d'alliance, soit comme une alliance unilatérale impliquant essentiellement une promesse (avec Abraham ou avec David) d'où découlent exigences et obligations, soit comme une alliance bilatérale et réciproque dont l'Alliance mosaïque racontée dans l'Exode (code de l'alliance) et le Dt sont le modèle. Ce faisant les théologiens de la Bible soulignaient à la fois la gratuité des relations avec Yahvé - qui en prend seul l'initiative (promesse) - et la totale disparité des contractants, mais aussi la responsabilité du partenaire bénéficiaire de l'Alliance. Celle-ci n'est pas un privilège intouchable ni automatique, assuré par Dieu tyran ou débonnaire. Elle fait d'Israël un partenaire libre, reconnu comme tel, appelé à construire l'histoire avec son Dieu et à assumer pour lui un immense risque. "Dans l'alliance, Yahvé joue complètement le jeu de son entrée dans l'histoire, sans rien perdre de sa transcendance" (cf. P.Buis, La morale de l'Alliance).

… et son expression littéraire: les traités de vassalité

Pour traduire cette réalité de l'Alliance sous une forme littéraire, les auteurs bibliques ont eu recours à des modèles profanes de contrat d'alliance qu'ils connaissaient et utilisaient par ailleurs. Le Proche Orient antique nous a légué de tels textes, entre le 18e et le 7e siècle avant J.C., contrats d'alliance ou traités de vassalité de provenances syrienne, assyrienne ou hittite. Les plus anciens sont les traités hittites de vassalité. Les souverains hittites, à l'apogée de leur puissance, exerçaient leur suzeraineté sur toute la région syro-palestinienne, notamment au 13e siècle, et c'est au début du 12e siècle que leur empire s'effondra. À l'époque de Moïse et au-delà, l'ère d'influence culturelle hittite englobait toujours la Palestine. Il n'est pas inconcevable qu'Israël, pour assurer son indépendance face aux Egyptiens et aux Cananéens tout à la fois, ait été amené à concevoir ses relations avec le Dieu auquel il devait sa délivrance dans les termes d'un traité de vassalité. Le décalogue, dans ce cas, aurait défini les conditions moyennant lesquelles Israël pouvait compter sur la protection de son suzerain Yahvé. Plus tard, les milieux lévitiques et prophétiques du royaume du Nord donneront à la réalité de l'Alliance son expression littéraire ont pour appuyer leurs efforts de résistance contre les abus du pouvoir royal et contre la fausse politique des alliances étrangères.

Structure des traités d'alliance…

De toutes manières, il est bien significatif de retrouver à la base de la structure littéraire du Dt - et à la base aussi du déroulement de la liturgie racontée en Jos 24 - les mêmes articulations et le même schéma que ceux des traités de vassalité. Ce schéma comprend:

(a)    le  traité proprement dit qui comporte:

1.      identification et présentation du suzerain qui offre le traité: cf. Jos 24,2 / Ex 20,1-2;

2.      rétrospective historique des bienfait déjà accordés par le suzerain au vassal; cf. Jos 24,2-13;   Dt 5-11;

3.      stipulation des lois et obligations imposées au vassal par le suzerain, la première étant l'obligation pour le vassal de ne reconnaître aucune autre autorité que celle du suzerain (cf. décalogue, code de l'alliance, Ex 20,1-17; 20,22 – 23,33; Dt 12-26);

(b)   et le serment qui le suit comprenant:

1.      invocation des dieux pris à témoins du pacte. En Israël, c'est le ciel et la terre qui sont pris à témoin (Dt 30,19; 31,28; 4,19) ou le peuple contre lui-même (Jos 24,22) ou la pierre du lieu de culte (Jos 24,27);

2.      énoncé des malédictions qui atteindront le vassal en cas de trahison, ou des bénédictions correspondantes en cas de  fidélité: cf. Dt 27,l5ss; 28; Jos 24,20;

3.      enfin il est stipulé que le texte du traité doit être relu périodiquement en public et officiellement, et qu'il doit être conservé dans le sanctuaire de l'état vassal; cf.Dt 31,9-13 et 10,1-5.

… et structure du Deutéronome

Tous ces éléments qui font partie intégrante du Dt sont le reflet de la cérémonie d'alliance qui pourrait constituer comme la "matrice" originelle du livre. C'est à l'occasion d'une telle cérémonie que l'histoire du salut était rappelée; une exhortation morale l'enveloppait, destinée à favoriser son actualisation: ce sont les chap. 5-11 du Dt. Les stipulations divines étaient clairement énoncées: Dt 12,1 – 26,15. L'alliance était scellée comme le raconte Jos 24,25ss et comme le présuppose Dt 26,17-19 ou 27,9-10. Enfin les bénédictions et malédictions promises étaient proclamées (Dt 28; Jos 24,20).

Les cercles yahvistes du Nord

Tel semble donc être le "Sitz im Leben" originel du Dt. Les traditions relatives à la vieille fête de l'Alliance étaient conservées dans les anciens sanctuaires des tribus qui avaient jadis abrité l'arche d'alliance. Elles parurent particulièrement propres à soutenir le mouvement réformiste orthodoxe, aux moments les plus sombres de l'époque royale. C'est dans le Nord d'abord que les cercles prophétiques et lévitiques de l'opposition les exploitèrent et se chargèrent de les entretenir et de les transmettre. C'est à eux qu'il faut faire remonter les principaux accents de la prédication deutéronomique: l'insistance sur l'unicité de Yahvé et les dangers de l'apostasie, la théologie de l'élection et de l'amour gratuit de Yahvé qui exige en réponse l'obéissance et l'amour (cf. Osée), l'idéologie de la guerre sainte, l'accent mis sur le rôle prophétique et médiateur de Moïse, l'attitude critique à l'égard de la monarchie et la théologie du Nom de Yahvé (Dt 12,5.11.21); pour le mouvement réformiste du Nord, en effet, rien d'autre que le Nom de Yahvé, expression mystérieuse de sa transcendance, ne pouvait assurer sa présence dans le sanctuaire, puisque l'arche se trouvait à Jérusalem.

Programme de réforme à Jérusalem

Après la ruine de Samarie, les réfugiés du Nord, riches de toute cette élaboration théologique, reportèrent sur Jérusalem les espoirs de succès de leur réforme. C'est alors, on l'a vu, qu'ils formulèrent leurs traditions et conceptions en un programme précis de renouveau  qu'ils espéraient faire appliquer par les autorités judéennes. Dans ce but, ils reprirent et soulignèrent l'ancien principe du culte rendu annuellement au sanctuaire central des tribus et l'appliquèrent au Temple de Jérusalem avec un rigoureux exclusivisme (cf. Dt 12,1-12). Du même coup, ils assumaient et intégraient dans leur synthèse théologique les traditions propres à Jérusalem: l'élection particulière de la dynastie davidique et de la montagne de Sion comme lieu de la présence du Dieu unique. Le Dieu unique veut instaurer avec ses fidèles une relation unique dans un unique lieu de culte. C'est précisément cette loi de la centralisation du culte à Jérusalem, sous le règne de Josias, qui assurera le succès du "livre de la Loi" et fera l'extrême opportunité de sa découverte dans le Temple, où l'on peut très bien comprendre que ses auteurs l'aient caché. Ceux-ci étaient convaincus que leur programme de réforme ne serait pas admis sans être assumé par les autorités religieuses officielles de Jérusalem. Plus qu'une réforme cultuelle, ils cherchaient à assurer la survie du peuple de l'Alliance menacé de mort par la dégradation ambiante, tant morale que religieuse.

 

LA THÉOLOGIE         

 

Sur l'arrière-fond de cette situation historique, les grands thèmes théologiques du Dt peuvent revivre et nous livrer le meilleur de leur substance. La théologie du Dt est marquée par une extraordinaire unité qui provient elle-même de son enracinement liturgique. Dans la prédication et la catéchèse, les lévites commentaient les événements du salut dont on voulait réactualiser le souvenir et leur réflexion se concentrait sur ce seul objectif.

La torah

Il est significatif que le  Dt se définit lui-même comme "la torah" au singulier, en dépit des multiples prescriptions juridiques qu'il transmet (Dt 31,12 etc.; 30,10.11). Dans son sens  originel, le mot "torah", qui provient de la racine yrh désigne la sentence particulière, la consigne précise donnée par le prêtre que l'on consulte. Yrh veut dire "montrer du doigt", désigner, instruire, enseigner. "La Loi" n'est donc pas du tout à prendre dans le sens légaliste et contraignant qu'on lui donne ordinairement. Quand le Dt se désigne lui-même comme LA Torah, il faut comprendre qu'on englobe sous cette notion d'une unique instruction donnée par Dieu les multiples manifestations de sa volonté. À la faveur du recul du temps et grâce aux célébrations liturgiques qui ramènent au moment présent les nombreux événements du passé, on conçoit le dessein de Dieu comme une seule unité en laquelle tout se résume. Le Dt se prétend un enseignement complet qui inclut toutes les dispositions salutaires de Yahvé en faveur d'Israël. Placé en face de ces dispositions, le peuple est acculé à un choix aujourd'hui. Le Dt se présente comme l'instruction unique et décisive en fonction de laquelle il faut vivre.

Si les événements du salut et la révélation du dessein de Dieu qu'ils expriment peuvent se résumer et se concentrer en un seul point, à actualiser maintenant, c'est que Dieu lui-même est unique.

Yahvé unique …

La profession de foi en l'unicité de Yahvé est au cœur du Dt (6,4) comme elle est, essentiellement, au cœur des liturgies juive ou chrétienne. Nous sommes aujourd'hui si habitués à cette certitude que nous ne percevons ni le changement que son acquisition a opéré dans l'histoire, ni la profondeur de l'impact qu'elle devait avoir - ou qu'elle a, à notre insu peut-être - sur la vie humaine. Dans les religions naturelles polythéistes, comme les pratiquaient les voisins d'Israël, le mythe décrit les relations des dieux entre eux, drames de la guerre ou de l'amour, conçus à l'image des drames humains et imaginés comme leurs prototypes, mais sans rapport personnel avec la vie réelle des individus. Ce qui se passe entre les dieux et les hommes n'a qu'une importance marginale par rapport aux drames qui sont censés se dérouler dans la sphère supérieure du divin. Celui, au contraire, qui affirme l'unicité de Dieu, proclame du même coup que Dieu est absolument seul à intervenir dans le monde qu'il a créé. En tant qu'être divin, il n'a pas d'histoire. Il n'a d'histoire qu'avec le monde.

Et sens de l'histoire

Cette certitude, propre à la Bible, est ce qui a permis à la pensée historique de naître et de se développer. Le monde évolue face à un partenaire unique, extérieur à lui, mais tout entier tourné vers lui. Conçue du point de vue de ce partenaire stable, l'histoire humaine constitue un tout; elle est le champ de l'activité divine et il est possible de l'embrasser et de la  décrire en fonction d'une ligne continue et cohérente. La confession du Dieu unique proclame également que l'histoire humaine a un sens (une signification et une finalité), qu'elle est une. Du coup, cette certitude modifie profondément la conception que nous pouvons nous faire de nos relations avec Dieu et elle transforme la manière réelle dont nous les entretenons. Elle justifie notamment la prière, une prière qui prend un caractère absolu et exclusif et qui, par conséquent, peut se heurter au mur du désespoir ou de la révolte. En dehors du Dieu unique, il n'y a aucun autre recours pour le croyant. Tout événement vécu reçoit son sens de son rapport à Lui: épreuve, secours, châtiment, miséricorde. La confession de foi peut déboucher sur la contestation, l'accusation devant le silence de Dieu, mais aussi elle seule peut permettre à l'espérance de naître. Elle est au cœur de la vraie religion. Plus clairement que tout ce qui les a précédés dans la Bible, le Dt et le mouvement spirituel issu de lui reposent sur ce pilier.

Le peuple élu, consacré

Pour le Dt, la relation de Dieu avec l'histoire humaine se concentre sur le choix préférentiel et exclusif que Yahvé a fait d'Israël. Le moment présent se situe dans l'étape intermédiaire entre l'élection d'Israël parmi toutes les nations, comme le peuple propre de Dieu, et l'accomplissement de la promesse divine universelle du salut. Durant cet intervalle, Israël a une vocation à vivre et à accomplir. Dans la mesure où il accueille l'Alliance, il prépare l'avènement du salut universel. Les exhortations du Dt soulignent continuellement cette tension qui fait tout le dynamisme de l'histoire du salut. L'élection est une réalité dynamique parce qu'elle est une réalité d'amour, c'est-à-dire un acte parfaitement gratuit. Si Israël avait mérité son élection, l'histoire s'arrêterait. Yahvé n'a pas choisi Israël à cause de sa valeur ou de ses qualités, mais par pur amour (cf. 7,7ss): un amour jaloux, passionné, ardent qui ne tolère pas de demi-mesures - 6,15...; 7,1). Le Dt fait volontiers référence à la colère de Dieu (6,15; 7,4; 9,8; 11,17); il insiste sur les exigences de la guerre sainte: exclure la peur, écarter du combat tous ceux qui ont des attaches humaines(20,1-9) et appliquer l'anathème (7,1-5.21-26; 9,3; 11,22ss; 13,15ss; 20,10ss). La formule "tu feras disparaître le mal du milieu de toi" est un refrain du Dt (21,21; 22,21.22.24; 24,7). C'est que l'amour de Yahvé a fait d'Israël un peuple consacré, à part, qui lui est propre et attaché par un lien d'autant plus fort qu'il est plus libre (7,6).

Le thème de l'élection, libre et gratuite, l'identification établie entre alliance et amour est une caractéristique et une création du Dt. Il faut en rapprocher la formule "Yahvé, ton Dieu" - ou "votre Dieu" - dont l'extrême fréquence est typique du style deutéronomique; elle évoque l'intimité exclusive de deux êtres qui s'appartiennent et qui s'aiment - cf. Osée.

Le pays

L'amour de Yahvé pour Israël n'est pas platonique; il est merveilleusement fécond et bienfaisant. Concrètement, il va combler Israël du bien du salut par excellence: les richesses du "pays que Yahvé a juré à tes pères de te donner", "l'heureux pays dont tu vas prendre possession", où il mènera "une vie longue et heureuse", pays fertile et riche en bénédictions (cf. 8,7-9 etc ... ). Ces thèmes forment autant de refrains qui parcourent tout le livre. Ce pays (nah'elah), c'est l'"héritage", la propriété légitime, sacrée, le territoire d'abord assigné par Yahvé  à chacune des tribus, puis unifié en un même pays où le peuple tout entier, devenu un état libre et indépendant, connaît la prospérité et la paix après plusieurs siècles de guerre. Si ce pays est incomparable, c'est parce que Yahvé lui-même "en prend soin" et que "ses yeux restent toujours fixés sur lui" (11,10-12). Il est comme le signe, l'expression concrète, incarnée, la preuve tangible de l'amour de Yahvé.

La transformation du cœur

L'amour de Yahvé ne garantit aucun droit automatique sur ses bienfaits. Les dons extérieurs sont seulement des signes, mais la réalité est beaucoup plus profonde. Elle se vérifie dans la transformation du cœur qu'elle réalise chez celui qui accepte librement l'Alliance (30,1-14). Obéir, écouter, se souvenir, garder fidèlement les lois et les ordonnances, n'est pas le fait d'une soumission servile mais d'une reconnaissance très humble. Celle-ci se fonde sur la conscience que c'est Yahvé qui a donné à son peuple la liberté, le bien-être, la force et la puissance. Israël n'y est pour rien (Dt 8,14-18). Le Dt est une exhortation continuelle à cette reconnaissance profonde, un appel aux sentiments du cœur, car le cœur seul est sensible à l'amour et capable d'aimer à son tour. Le mot leb, le cœur, ne revient pas moins de 32 fois dans le Dt. L'amour, sans limite et sans condition, "de tout son cœur, de toute son âme, de tout son pouvoir" (6,5), est LE commandement fondamental de la loi deutéronomique, celui dont tous les autres découlent. Il est la première et la seule attitude exigée de qui a compris la révélation du Dieu unique. L'amour est aussi unique et absolu que Dieu l'est. Il est totalitaire (le Dt insiste à huit reprises sur le fait que les commandements doivent être observés "de tout ton cœur et de toute ton âme" : 6,5; 10,12; 11,13; 13,4 etc...). Il  affecte le fond de l'être, le cœur; il faut qu' il y soit toujours présent, sans cesse ravivé, dans l'aujourd'hui perpétuel de l'Alliance. Cet amour qui résulte d'un libre choix n'est pas hors de portée, car il habite le cœur, le dedans (30,11-14).

Un choix pour aujourd'hui…

Puisque l'amour véritable procède de la liberté, c'est en pleine responsabilité qu'Israël doit faire son choix, opter pour la vie ou pour la mort. Le Dt se clôture par un appel à la libre décision (les deux voies): la loi n'est pas l'expression d'une volonté tyrannique; elle est une offre d'amour qui parle au croyant de l'intérieur de son propre cœur: cf. 30,11-20. L'obéissance n'est cependant jamais la condition des bienfaits de Yahvé. L'élection est déjà faite et elle n'en dépend pas. Quand le prédicateur fait appel à la libre adhésion du cœur, c'est pour que le croyant de chaque génération s'approprie personnellement la grâce du salut: aujourd'hui. Raviver cette conscience de l'aujourd'hui du salut est son principal souci. Six siècles après la sortie d'Égypte, Israël, le  peuple élu, est encore en chemin vers son salut, toujours exposé au drame de la désobéissance. À lui, comme au peuple de l'Alliance arrivé au seuil de la Terre Promise, des choix s'imposent fondés sur le souvenir toujours vivant des dons divins. Le mot "aujourd'hui" est un véritable tic du prédicateur deutéronomique; il apparaît jusqu'à 69 fois dans le livre.

Cette foi en l'actualité du salut est vivante. Un aspect important de la fidélité d'Israël consistera à la transmettre de génération en génération, non pas comme un enseignement abstrait et mort, mais comme une réponse à une vraie question que les enfants sont amenés à se poser à partir de leurs expériences et de leurs observations (6,7; 6,20-21) . La réponse n'est pas la référence pieuse ou abstraite à un  dogme, à une règle, à une doctrine préétablie, mais elle est le simple récit d'un fait de vie passé qui explique la situation présente et lui donne son sens. La nouvelle génération est ainsi appelée à vivre à son tour et à sa manière la même expérience.

 

LA LÉGISLATION CONCRÈTE

 

Il reste enfin à se demander quels sont les accents principaux de la Loi deutéronomique dans ses applications concrètes.

Le culte

La centralisation

La première de celles-ci concerne la centralisation du culte (Dt 12,1-12) qui correspond étroitement à l'affirmation de l'unicité divine: un seul Dieu, un seul peuple séparé et consacré à son Dieu, une seule Loi, une seule terre promise, un seul prophète Moïse, un seul sanctuaire, le temple de Jérusalem. Une conséquence immédiate de la centralisation du culte fut la profanation de toute une part de l'existence, considérée jusque là comme sacrée: l'abattage du bétail et la manducation de la  viande (12,13-28). L'approfondissement religieux authentique entraîne une libéralisation par rapport aux formes primitives de la religion et du sacré, une sorte de "sécularisation" dont la Bible nous donne les premiers exemples.

L'offrande des prémices

            Au niveau cultuel, la centralisation n'en exigeait pas moins que le cultivateur fasse annuellement à Yahvé l'offrande des prémices de la terre. Le Dt nous a conservé le rituel de cette offrande, très significatif (26,1-11). Le fidèle, en guise de prière, prononce une confession de foi qui établit une rapport direct entre les grands actes du salut et le don des produits du sol. Il reconnaît que ceux-ci sont, essentiellement, un lointain effet du salut accordé jadis par Yahvé. C'est à titre de mémorial qu'il en présente à Dieu les prémices. Au credo historique qui proclame  l'essentiel de sa foi, le paysan ajoute personnellement, en toute vérité, un article supplémentaire qui le concerne et rattache immédiatement son activité quotidienne à l'action de Dieu en faveur de son peuple et de ses ancêtres. C'est là le modèle très suggestif d'une authentique action liturgique où la foi et la vie quotidienne sont indissolublement liées et nécessaires l'une à l'autre.

La vie sociale

Enfin, il faut relever le caractère social très accusé des prescriptions deutéronomiques, en maints endroits de l'ancien code. C'est là aussi, sans doute, la conséquence directe du primat donné à l'amour, non seulement dans la théologie mais aussi dans le comportement moral. Chaque membre du peuple aimé de Dieu, conscient de la réponse qu'appelle cet amour, se doit de partager avec tous ses frères, spécialement les plus pauvres, le bénéfice concret d'un amour qui ne lui appartient pas et sur lequel il n'a aucun droit.

Dans ce partage, il ne se contente pas d'exécuter un précepte extérieur, mais il doit engager son cœur: cf. 15 7-11. Le Dt est réaliste: "les pauvres ne disparaîtront pas du pays" (v.11) mais l'amour, la générosité, la bonté gratuite doivent suppléer à leur pauvreté. Pour le Dt, comme pour les prophètes, la question sociale n'est pas résolue par un changement de structures mais par un changement des cœurs. Les esclaves font normalement partie de la société antique et sont nécessaires à sa vie économique; on ne songera donc pas à supprimer l'esclavage. Mais, pour le législateur, la liberté donnée jadis à Israël par son Dieu exige que les Israélites à leur tour rendent possible, tous les sept ans, la remise en liberté de leurs propres esclaves (cf. 15,12ss). De plus, l'esclave sera traité avec humanité, même le fuyard (23,16-17).

Cette tendresse de cœur dans les relations humaines, puisée dans la conscience de la gratuité de l'amour de Dieu et dans l'humilité qu'elle produit, conduit les fidèles, comme de l'intérieur, à une perception très délicate de la personne du prochain, de son intégrité, de son honneur, surtout s'il s'agit d'un humilié ou d'un pauvre. Elle s'exprime en particulier

-         dans le souci du plus pauvre à tout instant (25,19-21);

-         dans l'attention à prévenir ses besoins vitaux, à sauvegarder scrupuleusement ses droits les plus stricts (24,12-13; 24,14-15; 24,6.17);

-         dans le respect de la vie privée (24,10-11),

-         dans le souci d'éviter au pauvre la honte de la mendicité (24,19-21);

-         de ne pas avilir celui qui subit un châtiment (25,3);

-         d'assurer une descendance à un frère israélite pour qu'une famille ne s'éteigne pas (25,5ss) (cf. la nature significative du grief contre Amaleq dans le souvenir du conflit avec lui: 25,17-18);

-         dans le respect du bien d'autrui, joint au souci du partage (23,25-26);

-         la restitution et le soin des objets ou des bêtes perdues (22,1-3);

-         le refus du prêt à intérêt entre Israélites: pour ne pas aliéner la nehalah (23,20);

-         et même dans le respect plein de finesse du plaisir de l'autre, en l'occurrence la joie de la jeune mariée dont le mari sera, à cause d'elle, pendant un an après son mariage, libre de toute obligation civile ou militaire (24,5).

Le sentiment d'humanité engendré par l'Alliance dans le cœur des croyants est si profond et si vaste qu'il englobe toutes les créatures:

-         l'âne tombé en chemin (22,4),

-         l'oiseau qui couve ses œufs (22,6),

-         le bœuf qui foule le grain et qu'il faut laisser manger tout en peinant (25,4)!

Ces détails si imprévus et si humbles, dans le cadre d'une législation inspirée par un souffle religieux aussi élevé, manifestent déjà, d'une façon à la fois grave et touchante, l'unité indissociable des deux commandements qui dans l'Evangile, n'en font qu'un.

 

CONCLUSION

 

Pour conclure, il faut souligner que l'engagement de la foi envers le Dieu de 1'Alliance s'identifie totalement à l'engagement de l'amour. Mais cet engagement ne se réduit pas à une multiplicité de pratiques. La foi, comme l'amour, consiste d'abord à tout ramener à l'unité d'une même intention. La volonté du Dieu de l'Alliance est une, comme doit être unifié le cœur de son partenaire. Il y a mille voies pour la rejoindre mais toujours il s'agit de rester fidèle au Dieu dont on a tout reçu, soit par une prière sincère - un culte sans compromission qui fait fond uniquement sur l'amour de Dieu et sur ses dons passés et toujours actuels - soit par la préoccupation active et effective des autres, des plus pauvres, envers lesquels le don de Dieu rend le bénéficiaire de l'Alliance responsable.

Le Deutéronome et son histoire montrent bien le lien nécessaire qui unit la prière aux événements de la vie:

D'une part, le souvenir de la sortie d'Égypte a façonné la prière d'Israël: dans la célébration liturgique annuelle, le peuple a pris conscience peu à peu de l'originalité de son rapport à Dieu, un Dieu expérimenté dans l'histoire comme libérateur et sauveur. Le souvenir de ces événements a nourri la prière à chaque génération.

D'autre part, c'est dans cette prière même que la conscience des implications pratiques du salut s'est développée: à partir de la liturgie, une législation concrète a pu s'élaborer.

La relation au vrai Dieu, la vraie prière, naît de l'histoire, de la vie où Dieu se donne, et elle renvoie à l'histoire, à la vie où nous avons à nous donner en donnant aux autres Dieu et tout ce que nous avons reçu de lui. Le sommet de la vie est atteint quand ce don qui est Dieu est reçu et donné dans l'amour. Le Deutéronome nous y appelle.