Belgique – België

P.P.

5640 Mettet

BC 1655

 

 

 

Bureau de dépôt :

Mettet

Trimestriel

Juillet-septembre 2007

N° Agr. : P201036

Zone de Texte: Bulletin des Amis d’Ermeton N° 23
Septembre 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Zone de Texte: Édit. resp. : Sœur Loyse Morard, Monastère Notre-Dame
	 Rue du Monastère 1, 5644 Ermeton-sur-Biert

 

 

 

Spécial
programme d'année

 

 

 

 

 

 

 

Liturgies d’automne

 

 

Le 3 août dernier, 17e vendredi du temps ordinaire, le lectionnaire liturgique proposait à notre méditation un extrait du chapitre 23 du Lévitique, un de ces passages dont, habituellement, on ne fait pas sa lectio divina préférée. Ce chapitre reprend une des versions, la plus longue et la plus récente, du calendrier des fêtes bibliques annuelles. En l’entendant proclamer, une triple formule, répétée pour chacune des trois grandes fêtes, a attiré mon attention parmi tous les détails du rituel. La question a surgi : pourquoi cette insistance et que peut-elle signifier pour nous ?

Le cycle des fêtes d’Israël est à l’origine de notre année liturgique. Celle-ci, en effet, commémore le déroulement de la vie de Jésus, de sa naissance à son retour glorieux, dont l’événement central - mort et résurrection - a coïncidé avec la première des grandes fêtes bibliques : la Pâque. Celle-ci en a acquis une portée radicalement nouvelle, un surcroît de sens qui s’est étendu à tout le calendrier chrétien.

Un peu d’histoire est éclairant. De savantes études ont montré que le cycle liturgique de la Bible gravite autour des deux pôles parallèles de l’année cosmique, les équinoxes de printemps et d’automne. Autour de l’équinoxe de printemps s’est développée jadis, chez les bergers nomades, la célébration nocturne du sacrifice d’un agneau pour garantir la protection des troupeaux pendant leur transhumance. Autour de l’équinoxe d’automne, les sédentaires, de leur côté, avaient coutume de célébrer la joie des récoltes, le renouveau de la fécondité agraire dû au retour de la pluie, et la royauté, considérée comme responsable et garante de cette fécondité. Dès le début de l’histoire biblique, un rapprochement complexe s’est opéré entre les traditions cultuelles pastorales, familières aux ancêtres d’Israël, et les traditions cultuelles agraires, propres aux habitants de Canaan.

Moïse, à la tête d’un groupe de pasteurs semi-nomades immigrés en Égypte depuis plusieurs générations, avait « libéré » les siens du joug égyptien en un moment coïncidant avec la transhumance des troupeaux au printemps et le sacrifice nocturne qui l’inaugurait. Le souvenir fondateur attaché à cette coïncidence s’est ainsi transmis et développé en Israël au cœur de la célébration des rites printaniers : c’est la fête de Pâque. Ce même groupe élargi et devenu sédentaire au contact des habitants de Canaan, a lui aussi rendu grâces en automne pour les récoltes ; il a fêté la royauté de son Dieu qui lui avait donné la terre au terme d’une longue errance dans le désert: c’est la fête des Tentes. Une troisième fête, agraire également, dite des Semaines ou de la Pentecôte, célébrait les moissons, sept semaines après la fête de printemps. Israël y rattachait artificiellement le souvenir du don de la Loi au Sinaï. Toutes ces festivités, païennes à l’origine, ont donc reçu une signification religieuse nouvelle, liée à l’histoire du peuple de Dieu. Ainsi s’est formé le calendrier liturgique de la Bible.

Ce schéma bipolaire s’est reproduit dans l’année liturgique chrétienne. La chose est évidente pour la fête de l’équinoxe de printemps, Pâques, à laquelle se rattache la Pentecôte. La fête d’automne, elle, a comme éclaté en plusieurs célébrations évoquant toutes, à leur façon, le règne de Dieu et son accomplissement aux derniers temps. Le 14 septembre, à l’équinoxe d’automne, la fête de l’Exaltation de la Croix, comme un pendant de Pâques, célèbre le triomphe glorieux de Jésus sur la croix. Elle est précédée, quarante jours plus tôt, par la fête de la Transfiguration où se retrouvent, comme à la solennité biblique d’automne, les thèmes de la gloire divine et des tentes. Le 14 septembre était, à l’origine, la date de la dédicace de la basilique du saint Sépulcre à Jérusalem, construite par Constantin sur le lieu de la crucifixion et du tombeau vide. Toutes les célébrations de Dédicace – groupées traditionnellement dans les mois d’automne – s’y rattachent symboliquement, même la fête de l’Assomption au 15 août, anniversaire de la consécration d’une des toutes premières églises érigées en l’honneur de la Vierge Marie, à Jérusalem au 5e siècle. On y commémorait « la dormition » de la Mère de Dieu, non pas sa mort, mais son entrée définitive dans la gloire éternelle.

Le mystère de la mort et de la résurrection du Christ se retrouve ainsi aux deux pôles de l’année liturgique, comme pour soutenir tout l’édifice du temps qui passe. Nous sommes sans cesse en tension entre le temps historique d’une part, avec ce que Jésus y a vécu et ce que nous y vivons à notre tour, et le temps eschatologique d’autre part, c’est-à-dire l’accomplissement définitif de ces événements dans l’éternité. Enracinés dans l’histoire, nous sommes tendus vers l’éternité. Nous cheminons dans l’espérance. Notre foi d’aujourd’hui repose sur celle de tous les croyants qui nous ont précédés, qui ont vécu les événements, les ont traversés, en ont été transformés, en ont témoigné et les ont célébrés de génération en génération, au point de nous permettre aujourd’hui d’en vivre toujours à nouveau, comme si nous en étions les contemporains. La mort et la résurrection de Jésus sont de tous les temps ; elles appartiennent au passé, donnent sens au présent, orientent l’avenir définitivement. La liturgie nous les rend présentes tout au long de l’année qui s’écoule.

Mais la liturgie n’exerce pas son action seulement du dehors ; elle ne se contente pas de raviver des souvenirs, ni même d’exhorter ou d’enseigner. Elle nous transforme au-dedans. Parce qu’elle est prière, elle engage le cœur et toute la vie de ceux qui la célèbrent. La foi et l’espérance restent stériles si l’amour ne les féconde pas. A cet égard, le calendrier liturgique du Lévitique recèle des trésors malgré son abord rébarbatif et ennuyeux. Au milieu de la minutie des diverses ordonnances, les trois injonctions qui réapparaissent à chacune des grandes fêtes solennelles nous illuminent, comme si elles soulignaient l’essentiel de toute célébration : Il y aura pour vous une assemblée sainte - Vous ne ferez aucun travail d’esclave - Vous offrirez au Seigneur des nourritures préparées au feu. Au moment où l’année liturgique nous met symboliquement à mi-distance entre l’événement historique de Pâques et le retour glorieux du Seigneur célébré pendant l’Avent, elles nous rejoignent dans l’inconfort de notre vie quotidienne en équilibre toujours instable entre la foi et l’espérance. La parole de Dieu nous accompagne lorsque, tendus entre les événements du passé auxquels nous croyons et leur accomplissement que nous espérons, nous nous sentons seuls au milieu du courant, aussi éloignés d’une rive que de l’autre…

Relisons un par un ces trois préceptes du Lévitique. Le premier nous rappelle d’abord que la foi nous met toujours en communion : Il y aura pour vous une assemblée sainte, littéralement une convocation de sainteté. Personne ne rencontre Dieu tout seul car Dieu nous « con-voque ». Il nous appelle toujours ensemble ; personnellement, mais ensemble. Le seul fait d’être rassemblés parle de lui. Se réunir pour prier rend visible sa sainteté. Catéchèse fondamentale qu’aucune autre ne peut remplacer. Israël rassemblé communie à la sainteté de Dieu pour la transmettre. Il apprend à entrer dans l’Alliance en revivant, fête après fête, les étapes qui l’ont mené, à travers la mer, de l’esclavage à la Terre Promise. Ainsi la liturgie quotidienne nous conduit avec le Christ depuis notre baptême jusqu’à notre dernier jour ; elle accompagne l’Église, de Pâques à la fin des temps. Nul n’est seul quand il prie. Se rassembler, c’est déjà rencontrer Dieu et affirmer qu’il est présent…

…Non pas automatiquement cependant. Pour rencontrer Dieu et le manifester, il ne suffit pas d’être en groupe. Israël, esclave en Égypte, était un groupe, non une communauté. Il n’avait pas été « convoqué » parce qu’il n’avait pas encore été libéré. La deuxième prescription du Lévitique nous avertit : Vous ne ferez aucun travail d’esclave. La vraie prière jaillit d’un cœur libéré : libre et attentif à le rester. Chaque fête liturgique commémore le don gratuit de cette libération d’où provient toute liberté véritable. Celle d’Israël est le fruit du choix de Dieu, de sa compassion pour ses enfants, du salut qu’il leur a offert, de l’alliance qu’il a conclue avec eux et qui se renouvelle pour chaque génération. Pas de prière sans liberté, donnée, reçue et gardée vivante. Pour rencontrer Dieu, il faut s’affranchir soi-même de ses servitudes quotidiennes car la véritable prière est incompatible avec l’esclavage. Dieu ne nous veut pas soumis ; il nous veut tout à la fois libres et obéissants. Lui obéir, c’est refuser d’être esclave. La célébration liturgique revigore ce refus. Elle fait goûter à nouveau la liberté que Dieu nous donne, elle la fait affirmer, ratifier, montrer. Ensemble et personnellement. Ensemble parce que personnellement.

Toute fête enfin comporte un repas. Vous offrirez au Seigneur des nourritures préparées au feu. La quantité de ces nourritures n’est pas précisée, ni leur qualité. Seul compte le mode de préparation : les mets offerts à Dieu doivent être « passés par le feu ». Consumés ? purifiés ? brûlés ? rôtis à point ? L’essentiel est ailleurs. C’est le feu lui-même qui est indispensable à l’offrande, comme l’amour l’est à la prière. Qu’il soit fragile, hésitant, vacillant, ou bien qu’il brûle, dévore ou consume, Dieu n’attend que notre amour quand nous le prions. Le contenu de ce que nous lui présentons ne lui importe pas. Tout lui agrée, pour autant que ce « tout » soit « passé au feu », transformé par lui, à quelque degré que ce soit. Et le feu vient de Dieu. Celui qui prie en expérimente la brûlure, aussi pauvre que soit son offrande. La prière enflammée d’amour fait ainsi communier à la vie de Dieu. Son feu transforme toute offrande en nourriture, mets comestible au banquet du Royaume. A chaque eucharistie, l’offrande de Jésus consumée à Pâques, rassemble et résume toutes les nôtres. Elle nourrit nos vies. Depuis le soir du Jeudi Saint et jusqu’au dernier jour, nos « assemblées saintes » annoncent le Festin éternel où tous ceux que Dieu aura libérés au long des temps célébreront ensemble la liturgie de l’Amour…

Chaque saison qui passe nous en rapproche peu à peu. Qu’en cette fin de l’été, la liberté et l’ardeur de l’amour intensifient encore notre communion. Dans l’espérance.

 

Sœur Loyse, 25 août 2007

 

Du spirituel dans l’art…

un atelier de céramique au Monastère

 

Issu du Monastère Sainte-Gertrude de Louvain-la-Neuve, l’atelier de céramique a installé son four, ses émaux et son savoir-faire dans le local « Saint Martin » d’Ermeton. Peut-être avez-vous découvert quelques-unes de ses œuvres au magasin du Monastère ou sur le site des « Boutiques de Théophile »[1] ? L’Amandier vous offre l’occasion de faire plus ample connaissance avec son histoire et son projet, à travers le récit de sœur Anne, qui préside à sa destinée depuis plusieurs années.

 

Modelage et céramique

Céramique ou modelage ? Certains d’entre vous s’en souviennent : l’atelier a pris successivement ces deux appellations, en réalité assez proches. Par « modelage », on entend l’action de modeler, de pétrir une substance malléable pour obtenir une certaine forme, mais aussi le résultat de cette action, l’ouvrage ainsi modelé. Quant au terme « céramique », emprunté au grec , « d'argile » (dér. de  « vase d'argile »), il représente à la fois l’art et la technique de fabrication d’objets à partir de l'argile qui subit l’épreuve du feu. Pour sa part, sœur Anne définit plutôt le modelage comme la sculpture de l’objet au doigt, et la céramique comme l’œuvre passée au four. Si le travail de l’atelier implique bien ces deux types d’actions, le terme de céramique, plus précis, sera retenu à l’avenir pour le désigner.

Déjà, à Louvain…

L’atelier de céramique a plus d’un demi-siècle. A l’abbaye Sainte-Gertrude de Louvain, il fut inauguré par sœur Marie-Jacques et sœur Marie-Bénédicte, remplacée ensuite par sœur Marie-Jean. Les sœurs formaient une excellente équipe. Jusqu’à un âge avancé, sœur Marie-Jacques poussait (« estampait ») l’argile dans des moules « simples », et sœur Marie-Jean, une véritable artiste qui avait réalisé des miniatures, affinait et émaillait les objets après la cuisson.

Installé ensuite à Louvain-la-Neuve, l’atelier accueillit en 1982 une certaine Anne Lejeune, alors postulante, pour son plus grand bonheur. L’usage voulait que les postulantes s’initient au travail manuel dans deux ateliers. Entre modelage et reliure, le cœur de la future sœur Anne penchait sans hésiter en faveur du premier choix qui lui fut proposé pour aider puis remplacer sœur Marie-Jacques. Au début, elle remplissait donc les moules et enfournait les objets.

La technique du moule simple a des avantages mais demande beaucoup d’énergie physique pour y « pousser » l’argile. En 1994, lors d’un stage à l’abbaye de Jouarre dans le diocèse de Meaux, sœur Anne découvre la technique du moule « double » (recto et verso) et décide de l’adopter. 

Aujourd’hui, elle bénéficie à son tour de collaborations efficaces : sœur Marie-Cécile, sœur Madeleine et sœur Marie-David qui débute dans le métier. Parfois d’autres bonnes volontés essayent de répondre au mieux aux nombreuses commandes.

D’un procédé à l’autre…

Moule simple, moule double ? Quelques explications s’imposent. Avant 1994, les sœurs utilisaient une argile compacte, estampée dans des moules en plâtre à une face. Il était possible de préparer ainsi une vingtaine de pièces en une heure. Les pièces démoulées étaient corrigées puis séchées à l’air libre, avant d’être poncées avec du papier de verre pour en enlever les dernières aspérités. Elles étaient ensuite lavées avec une éponge humide, rincées et essuyées. Une sœur procédait alors à l’émaillage, puis les pièces étaient enfournées (de manière très rapprochée mais sans se toucher) et cuites une seule fois (ou « mono-cuisson »). A la sortie du four, les moins réussies pouvaient éventuellement recevoir une seconde couche d’émail et subir une dernière cuisson.

La technique adoptée depuis 1994 consiste à verser de l’argile liquide (« barbotine ») dans des moules doubles, toujours en plâtre et creux, au moyen d’un bec verseur à l’embouchure fine. Sœur Anne utilise un mélange d’argile rouge et blanche qui donne à la pâte cuite une jolie couleur rose. Les deux parties du moule sont assemblées au moyen d’une lanière de caoutchouc tendu et l’argile stagne dans les moules durant une heure environ. Pendant ce temps, le moule absorbe l’humidité et une croûte d’argile se forme sur ses bords. L’argile liquide restante est alors récupérée et la membrane continue de sécher dans son moule pendant plusieurs heures. Le temps de séchage varie suivant le climat mais aussi suivant le taux d’humidité dans l’atelier (le chauffage en hiver vaut parfois mieux qu’un été pluvieux !). Sorties des moules, les pièces sont corrigées si nécessaire puis à nouveau séchées à l’air libre. Les voici prêtes pour la première cuisson (ou « cuisson biscuit »). A l’atelier Saint Martin, sœur Anne ne fait pas monter la température au-delà de 650 degrés car la résistance de la pièce cuite est suffisante pour les opérations ultérieures et, grand avantage, la surface reste très perméable à l’émail. En fin de cuisson, elle attend que la température du four soit descendue à 100 degrés, puis les pièces sont sorties, poncées, essuyées avec une éponge humide et enfin émaillées. A 1050 degrés, la seconde cuisson vitrifie l’émail et donne aux couleurs leur vraie teinte, celle que vous pouvez admirer au magasin du monastère.

Un autre regard…

Sœur Anne apprécie beaucoup le travail à l’atelier de céramique. Au cœur de la vie monastique, il lui permet de pratiquer la prière dans un silence habité par la présence de Dieu, au service d’un art religieux de qualité : des objets sobres, solides et beaux, évocation spirituelle, invitation au questionnement et à l’intériorité.

Ainsi l’atelier produit-il un artisanat religieux dépouillé : des vierges, des croix, des crèches de Noël et de petites plaquettes (avec texte ou illustration). Dans le même esprit, l’atelier répond à des demandes d’objets particuliers, en un ou plusieurs exemplaires et dans des formats très divers, comme, par exemple, un saint patron pour une paroisse, la porte d’un prieuré ou récemment 840 souvenirs identiques pour un diocèse ! Sœur Anne et ses collaboratrices essayent de rejoindre au mieux les attentes des clients et se réjouissent de pouvoir, de temps en temps, créer une pièce nouvelle et unique. Ne serait-ce pas la raison pour laquelle sœur Marie-Cécile avait emporté de la terre glaise en vacances ? Noël approche…

 

(D’après une interview réalisée par Geneviève Bricoult)

 

Depuis quelques mois, dans la perspective du nouveau magasin du Monastère et encouragée par plusieurs amis, sœur Marie-David, qui n’en est qu’à ses débuts, s’est risquée à la confection de quelques objets non religieux : bougeoirs, petits animaux - éléphants, tortues, chouettes…-, exposés dans les vitrines de la porterie.

Mentionnons enfin, last but not least, les « familles de tortues » réalisées par sœur Anne, il y a un an, au profit des travaux de rénovation de l’accueil (voir L’Amandier, n° 20) ! Merci, une fois de plus, à tous nos amis qui en ont adopté une !

L’Université de Paix

Apprendre à gérer les conflits

 

Durant l’année scolaire 2006-2007, Sœur Birgitta a suivi une formation proposée par l’Université de Paix, à Namur. Elle explique volontiers aux lecteurs de L’Amandier le but et l’intérêt de cette formation et ce qu’elle en a retiré.

 

Depuis septembre 2006 jusqu’en juin 2007, j’ai eu la chance de pouvoir suivre, à l’Université de Paix, à Namur, la formation proposée en « gestion positive des conflits ». De quoi s’agit-il ?

Le 10 décembre 1958, Dominique Pire recevait le Prix Nobel de la Paix pour son action en faveur des personnes déplacées. Il se sentit aussitôt investi d’une mission dépassant tout ce qu’il avait entrepris jusqu’alors : contribuer à une paix durable dans le monde.

Faisant face à ce qu’il considère dès lors comme de nouvelles responsabilités, il perçoit l’énorme travail qui peut être réalisé avec les nombreux jeunes du monde entier qui souhaitent lui apporter leur aide bénévole. Ces jeunes représentent une force potentielle immense. C’est ainsi que naît le projet d’un centre de formation afin de concrétiser l’idée du dialogue fraternel. En 1960, Dominique Pire fonde L'Université de Paix (qui portait d’abord le nom de « Centre Mahatma Gandhi »). Son objectif est de promouvoir le dialogue tel qu’il le définit : Le Dialogue consiste pour chacun à mettre provisoirement entre parenthèses ce qu'il est et ce qu'il pense pour essayer de comprendre et d'apprécier, même sans le partager, le point de vue de l'autre... Centre de réflexion et de formation, l'Université de Paix contribue à faire connaître des moyens possibles pour prévenir la violence et y faire face, à l'école, dans la famille, dans le quartier... Depuis plus de 10 ans, son travail concret est axé sur la gestion positive des conflits.

Attirée par l’objectif de la formation, j’ai donc adressé ma demande d’inscription à l’Université de Paix et j’ai eu la chance d’être acceptée. En tout, nous sommes 18 personnes, hommes et femmes, d’âges différents, de métiers différents, venant de toute la Belgique francophone et du Luxembourg, avec pour intérêt commun le désir de contribuer par le dialogue à l’établissement d’un climat de Paix[2] autour de nous. Nous avons suivi dix sessions, une par mois, toujours le samedi et le dimanche. Au cours de l’année, nous avons appris à nous connaître et développer entre nous confiance, sympathie et même amitié. L’engagement à suivre cette formation était parfois lourd à porter –autant pour la communauté que pour moi –  mais chaque session a récompensé cet effort. J’ai participé à ces week-ends avec beaucoup de plaisir, tant l’enrichissement était grand.

Lors de chaque activité, le développement d’aptitudes, l’acquisition d’outils, de techniques, et l’évaluation de leurs effets nous étaient proposés. Ainsi nous avons appris à connaître nos potentialités comme nos limites, et à appréhender positivement les situations difficiles ou conflictuelles.

De même, nous avons appris à clarifier les enjeux, les besoins, les objets de conflit, au niveau personnel comme au sein d’un groupe, et à approprier des méthodes pour favoriser la coopération, le travail en groupe ou en équipe, pour acquérir des comportements permettant de prévenir ou de transformer la violence.

Pendant le premier week-end, chacun des participants avait l’occasion de se rendre compte de ce que représente pour lui le concept « conflit ». J’ai consenti sans peine à la définition formulée par l’Université de Paix : Les conflits naissent d’une opposition de buts, d’une collision de désirs, de valeurs ou d’intérêts. Ils seront destructeurs ou nous permettront de ‘grandir’ en fonction de la manière dont ils seront résolus. Nous avons revu les attitudes possibles face à un conflit et évalué leur pertinence en fonction de différentes situations.

Même au monastère, je me trouve mêlée à des zizanies, des disputes, des conflits. Je ne peux qu’approuver l’idée que la résolution des conflits soit constructive. Cela me demande de la réflexion, de la confrontation, un choix et un dépassement de moi-même. Vouloir éviter les conflits n’aide ni les individus ni les communautés, car alors on n’avance plus mais on se paralyse dans son désir de maintenir un équilibre plus ou moins harmonieux.

Nous avons découvert que, par notre système de perception, nous nous construisons une représentation mentale du monde. Mais si nous percevons et nous représentons les choses différemment des autres, il n’est pas étonnant que nous éprouvions de grandes difficultés à nous comprendre mutuellement. Alors naissent les tensions, les résistances, les conflits et même la violence.

Une écoute attentive, incluant le décodage du langage non verbal, permet de découvrir l’autre dans ce qu’il vit ou ce qui l’émeut et de prévenir les conflits. La communication non violente, se basant sur les expériences de Marshall Rosenberg, n’est pas seulement un outil pour continuer le dialogue en cas de conflit mais elle est autant un art de vivre. Dans un esprit de bienveillance, il s’agit de recevoir avec attention les sentiments, les besoins et les demandes de l’autre sans critique, sans jugement ni reproche, tout en exprimant de même, en vérité et avec clarté, ce qui se passe en moi. Il ne s’agit nullement d’avoir appris un « truc » pour gérer notre environnement (manipulation) mais de pouvoir construire le respect, la compréhension et la confiance dans une relation. En lisant ces propos, on peut croire que tout est facile (« on n’a qu’à… ») Mais si j’essaye de les vivre, je me rends compte, combien c’est difficile et enrichissant en même temps.

Je suis très heureuse et reconnaissante d’avoir pu suivre cette formation et je suis ravie de pouvoir partager et transmettre ce que j’ai acquis, lors de retraites pour des jeunes ou pour des adultes. La violence verbale, physique et psychique nous laisse souvent démunis, nous fait peur et nous fait réagir de manière défensive et agressive. Apprendre les outils qui favorisent l’écoute, la communication et la coopération ouvre un chemin vers plus d’humanité. Cette voie est inscrite dans la Bible. Le message biblique nous ouvre le regard, change nos cœurs et notre esprit pour aboutir à une nouvelle façon de vivre et d’agir, ancrée dans la charité, la justice et la paix. Je suis convaincue que cette démarche nous aide à transformer la violence pour restaurer l’amour.

Sœur Birgitta

Zone de Texte: RAPPEL

La « Journée des Amis » est fixée, cette année, au dimanche 14 octobre.
Les personnes qui ne seraient pas inscrites sont invitées à se signaler sans tarder aux sœurs de l’accueil
' : (071) 720048. - 7 : (071) 727392 - ; : accueil@ermeton.be

PAF : 10 € par personne (enfants de moins de 12 ans : 5 € ) à virer au compte n° 776-5976771-19 de ASBL Monastère Notre-Dame 5644 Ermeton-sur-Biert.
Communication : Journée des Amis 2007. 
Si possible avant le 20/09/2007, afin de gagner du temps au moment de l’accueil.

A l’occasion des Messes radiodiffusées

 

Il signe « Jean Présence » et c’est tout un programme. A l’occasion des messes radiodiffusées à partir d’Ermeton, dont il assumait le commentaire, nous avons découvert avec lui quelque chose du monde de la radio. L’équipe pastorale des messes radio et TV ne comprend pas seulement des techniciens mais aussi des bénévoles qui font leur travail de manière très professionnelle. Robert, Bernadette, Aloïs et Sœur Marie-Élisabeth ont interviewé Jean Présence pour les lecteurs de l’Amandier.

 

L’Amandier : La radio semble faire partie intégrante de votre vie, quand et comment y avez-vous pris goût ?

Jean Présence : J’ai toujours été fasciné par les micros. Petit, j’admirais celui que les forains utilisaient pour les besoins de leur sonorisation sur les champs de foire. Plus grand, je me suis ensuite intéressé à l’aspect technique, construisant du matériel d’amplification avec de vieux composants récupérés. Dans le même temps, la radio était le seul média qui trônait à la maison et c’était l’époque où on n’entendait pas la radio mais où on l’écoutait. Des émissions comme « Les routiers sont sympa » peuplaient mes soirées à l’internat où je poursuivais mes études. Jean-Claude Mennessier, Fabrice, Patrick Duhamel et bien d’autres étaient autant d’amis que je n’avais pourtant jamais rencontrés.

L’A. : Avez-vous immédiatement travaillé avec des professionnels ? « La Une » est-elle votre seul terrain de mise en pratique de ce hobby ?

Jusqu’il y a quatre ans où j’ai été appelé à œuvrer pour le compte des messes radiodiffusées, je n’ai jamais approché les médias professionnels si ce n’est à titre d’invité. Par contre depuis 1980, avec l’avènement des radios locales, j’ai eu l’occasion d’offrir mes services à plusieurs d’entre elles à travers différentes provinces. Actuellement, en parallèle avec mes prestations à la RTBF, je gère avec un comité une radio érigée en ASBL sur laquelle j’interviens régulièrement.

L’A : Quels avantages découvrez-vous à ce moyen de communication ?

J. P. : A titre personnel, j’y ai toujours vu un loisir (je ne suis pas sportif, il faut bien s’occuper). Malheureusement, l’évolution du phénomène radio locale et le manque d’intérêt qui y règne font que ce hobby devient souvent une charge en capital temps et financièrement parlant. J’essaye toutefois d’y rester fidèle. Pour l’auditeur comme pour l’animateur, c’est aussi un moyen extraordinaire de créer des liens. Nombres d’auditeurs sont devenus des amis. Les émissions publiques et les animations extérieures achèvent de sceller ces amitiés. J’ajouterai encore la fierté de promouvoir le travail artistique de talents belges, de donner écho de manifestations culturelles locales au sens le plus large du terme. Les messages personnels du style dédicaces donnent l’accès à l’antenne à des personnes qui en seraient privées sans les radios locales.

L’A. : Pourquoi avoir accepté de commenter bénévolement les messes radiodiffusées ?

J.P. : Vous parlez d’accepter. Il faut savoir que j’ai surtout longtemps refusé. Le temps me manque cruellement pour ce genre d’engagement et je n’estimais pas avoir les compétences requises. C’était sans compter que j’avais été repéré dans le même genre d’animation mais cette fois au niveau local et en parfait amateur. Les pressions de mes collaborateurs, les encouragements des autres, l’envie aussi de « jouer dans la cour des grands » ont fait le reste. En septembre 2004, je commentais ma première messe radiodiffusée depuis Florennes, non sans avoir auparavant rencontré mon prédécesseur, le Chanoine Louis Dubois pour faire le plein de conseils. Je considère aussi ce travail comme un service d’Eglise. Peut-être était-ce le dessein de Dieu que cette demande de collaboration me parvienne.

L’A : Qu’est-ce que cela vous apporte au fil du temps ?

J.P. : Les retombées sont souvent inconnues, parfois éloignées dans le temps et l’espace (on peut nous recevoir dans le monde entier) ou parviennent à d’autres personnes que moi. Il y a bien sûr les réactions des connaissances qui manquent sans doute de partialité, des collaborateurs et celles des paroisses où nous passons. De temps à autre, je prends acte d’un courrier et je suis tout étonné de l’impact que des paroles prononcées dans un recoin d’une petite église de notre diocèse peuvent avoir. Cela me responsabilise très fort dans l’écriture de mes commentaires. Récemment une paroisse vient de me demander de bien vouloir prendre un atelier en charge à l’occasion d’une vaste entreprise de rencontre intergénérationnelle. Je rencontre aussi des acteurs liturgiques de tout poil. Il m’est déjà arrivé d’en « détourner » occasionnellement au profit de ma propre paroisse.

L’A. : Pouvez-vous nous parler des préparatifs nécessaires (installation du matériel, liaison avec la RTBF, texte des interventions au cours de la messe…) ?

J.P. : Le domaine technique relève uniquement de la compétence des techniciens de la RTBF. Pour faire simple, je puis toutefois vous dire que nous n’agissons pas autrement que tout un chacun installant une amplification dans son église, sauf que dans le cas qui nous occupe le son capté n’est pas acheminé vers des haut parleurs mais vers les émetteurs grâce à une ligne téléphonique. C’est réducteur comme explication car il ne faut pas négliger la qualité du matériel employé et toute la compétence de ceux qui l’utilisent, fruit de plusieurs années d’étude. Mon rôle personnel consiste à rédiger mes commentaires et à prendre préalablement contact avec les différents intervenants lors de l’office, de manière à faire tenir la célébration le plus exactement possible dans l’horaire qui nous est imparti. Le commentateur est en quelque sorte les yeux et l’oreille de l’auditeur, le garant du temps et, sur place, l’interface entre la communauté qui nous accueille, l’équipe technique et le secrétariat pour faire suivre le texte des homélies disponibles pour nos auditeurs.

L’A : Comment se faire complice des assemblées (communautés, paroisses) qui ne sont pas connues la première semaine ? Est-il facile de tenir compte de l’officiant, de l’organiste, des intervenants ? Est-il aisé pour ceux-ci de comprendre rapidement ce que l’on attend d’eux ? Cela occasionne-t-il du stress dans l’assemblée célébrante ?

J.P. : Les gens qui nous accueillent sont conscients de rendre un service aux auditeurs et de l’exigence que cela demande au niveau qualitatif. C’est notre commun dénominateur à tous. Personne n’est obligé de nous accepter, ceux qui le font relèvent le pari dans son intégralité et ne ménagent aucun effort pour parvenir à un excellent résultat. Les contacts se nouent donc habituellement très bien et très vite. Un outil tel que Internet nous aide pas mal au niveau de la communication. L’expérience facilite évidemment les choses. L’expérience du commentateur qui communique les écueils à éviter et celle de la communauté locale qui, de semaine en semaine, s’enhardit dans le projet. C’est un véritable travail d’équipe où chacun reçoit les consignes utiles à heure et à temps. A cet égard, l’horloge est un outil incontournable. On n’évite pas le stress du direct à certains moments mais, si les mêmes acteurs se retrouvent de façon hebdomadaire, il s’estompe.

L’A. : A quoi servent les messes que vous commentez ? Qui atteint-on par la voix des ondes ? Avez-vous parfois des feed-back de personnes qui vous écoutent ?

J.P. : On peut tenter de deviner qui nous écoute, car nous n’aurons jamais la réponse. Tout d’abord, il y les personnes fragilisées, malades, seniors, prisonniers,… Beaucoup d’entre elles n’ont pas ou plus la possibilité de faire entendre leur voix, de nous écrire. Il y a ensuite la masse des auditeurs fidèles à La Première ou qui nous rejoignent intentionnellement ou occasionnellement. Mais voilà, qui pense à adresser un courrier pour dire qu’il est fidèle à telle ou telle émission ? A titre personnel, nous ne le faisons sans doute pas, alors pourquoi l’attendre de la part d’autrui ? Quand nous recoupons les témoignages qui nous parviennent, on peut dire que l’auditeur des messes radio n’a pas de portrait type. Il ne faut surtout pas croire que c’est toujours un chrétien convaincu. Des personnes peuvent très bien ne jamais mettre les pieds dans une église et suivre notre programme par nostalgie, pour garder un lien si étroit soit-il avec la foi de leur enfance, par fidélité à la chaîne… Potentiellement, le monde entier peut nous capter grâce à internet et de façon plus particulière grâce au relais de RTBF International ou même en fréquence modulée à Kinshasa. Les demandes du texte de l’homélie sont un petit baromètre mais fluctuant sans doute. Ne nions quand même pas que nous comptons des auditeurs qui par manque de mobilité s’associent de tout coeur à notre prière par la voix des ondes. Pour eux, nous constituons une véritable assemblée dominicale. J’aime aussi à croire qu’il est bon que l’Eglise puisse garder ce type d’émission de manière à s’assurer une visibilité sur la place publique, un peu dans l’esprit de ce qui s’est vécu dans le cadre du congrès Bruxelles-Toussaint. Les autres courants philosophiques veillent aussi à se faire entendre et cela me semble légitime. Je terminerai en disant que les quelques réactions qui nous parviennent sont bien en dessous du nombre d’auditeurs réel. Une anecdote ou deux: en 2004 un quartier de Kinshasa avait sonorisé le marché pour entendre la messe célébrée par un enfant du pays. Une autre fois, c’est en lavant sa voiture dans la rue qu’un auditeur a reconnu ma voix. Je connais même une moyenne surface qui diffuse la messe dans ses rayons.

L’A. : Comment choisissez-vous les endroits où vous installer ? Est-ce toujours accepté ?

J.P. : C’est un travail de concertation coordonné par l’abbé Philippe Mawet, responsable pastoral des messes radio et TV, de Frank Goderniaux, qui assiste et coordonne le service, et de toute une équipe de délégués diocésains. Chaque diocèse recèle un délégué attitré à cette tâche. Pour Namur, nous pouvons compter sur Jean-Marie Jadot, Doyen à Arlon. L’avis du commentateur est également pris en considération. Il faut bien sûr pouvoir concilier les ressources des paroisses et communautés en matière de musique, de chants, d’horaire et veiller à une dispersion géographique équitable. Certaines demandes peuvent émaner des communautés elles-mêmes.

L’A. : A quel rythme travaillez-vous ? Tous les dimanches ?

Depuis le départ du Chanoine Dubois, chaque diocèse possède son propre commentateur. Les diocèses francophones se succèdent donc les uns aux autres. Pour des raisons pratiques, nous restons environ huit dimanches dans la même localité. Nous essayons que notre présence à un endroit donné constitue un tout au niveau du temps de l’année liturgique. Avec vous à Ermeton, nous avons vécu le temps de Pâques. Concrètement, je suis au micro une quinzaine de dimanches par an.

Jean Présence

 

Quelques jours au Maroc

 

Du 28 mai au 3 juin 2007, sœur Marie-André a participé à Midelt (Maroc), à une rencontre du D.I.M. (Dialogue Interreligieux Monastique). Elle relate son voyage pour les lecteurs de l’Amandier et explique l’intérêt et les enjeux de la rencontre.

 

Le Dialogue Interreligieux Monastique

En ce début du 3e millénaire, le sigle OSB mérite plus que jamais d’être interprété « on se ballade ! » Cela se vérifie en particulier, depuis 36 ans, pour les moines et moniales coordinateurs des commissions européennes pour le Dialogue Interreligieux Monastique (le DIM pour les initiés) qui se retrouvent chaque année dans un pays européen. Ces commissions ont été fondées, à partir de 1977, pour susciter dans les monastères bénédictins et cisterciens de tous les continents diverses activités et rencontres leur permettant d’entrer en contact avec des communautés d’autres traditions religieuses et de faire grandir la connaissance mutuelle. L’histoire est déjà longue, trop longue pour être racontée dans ces pages. Toujours est-il que, depuis 1997, j’ai eu le privilège de ne manquer aucun de ces rendez-vous fraternels : Zundert (Pays-Bas), Montserrat (Barcelone), Vienne, La Pelouse (Suisse), Assise, En Calcat (France), Rome, pour ne citer que quelques lieux. C’est ainsi que 2007 nous vit prendre l’envol vers le Maroc pour y tenir la 36ème réunion européenne.

Il peut paraître paradoxal que la commission européenne se soit réunie au Maroc ! Pourtant il a semblé bon, alors que nos monastères s’efforcent d’avoir des contacts avec des émigrés musulmans de leur entourage, de mieux comprendre d’où ils viennent, leurs racines, leur culture, leur quotidien, mais aussi de découvrir ce que vivent les chrétiens en terre d’Islam et le dialogue de proximité qu’ils s’efforcent d’y pratiquer. Les moines cisterciens de Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt, à quelque 200 km au sud-est de Fès et à 1521 m d’altitude, ont réservé un accueil formidable à la quinzaine de membres de la commission venus des quatre coins de l’Europe. Nous sommes infiniment reconnaissants au P. Abbé Primat de l’Ordre bénédictin, Dom Notker Wolf, d’avoir passé deux jours avec nous, manifestant une fois de plus l’intérêt vigilant qu’il porte au DIM.

 

Rencontre avec les moines de Notre-Dame de l’Atlas

Nous ne sommes pas près d’oublier l’accueil fraternel et généreux qui nous fut réservé par la communauté de quatre Frères, (il n’y a pas de chrétiens parmi les 40 000 habitants de la ville) dont il importe de rappeler brièvement l’histoire.

En 1986, l’archevêque de Rabat demanda à l’Ordre des Cisterciens de fonder au Maroc une « annexe » pour manifester par sa vie, autant auprès des chrétiens que des musulmans, la dimension contemplative de toute vie de foi. Le 26 janvier 1988, deux Frères arrivèrent pour fonder l’ « annexe » de Fès, bientôt rejoints par deux autres. En 1996, le monde entier a suivi intensément les tragiques événements de Tibhirine en Algérie: l’arrestation de sept Frères le 26 mars, leur assassinat le 31 mai. Deux rescapés gagnèrent la communauté de Fès qui prit le nom de N.D. de l’Atlas et qui, en 2000, accepta l’offre des Sœurs Franciscaines de Marie de s’installer dans leur petit couvent de Midelt. Le Prieuré Notre-Dame de l’Atlas, la « Kasbah Myriem », y est donc actuellement, gardant dans son enceinte la maison des Sœurs et l’atelier artisanal où elles accueillent et forment une dizaine de musulmanes (broderie, tapis de toutes dimensions). Les trois Frères entretiennent de nombreuses relations avec la population berbère : participation aux obsèques, aux circoncisions, aux ruptures de jeûne, relation de travail, etc.

La communauté se compose du prieur titulaire, le P. Jean-Pierre Flachaire, plein de sollicitude pour ses deux compagnons, providentiellement épargnés le 26 mars 1996 : le P. Amédée (87 ans, ancien Père Blanc en Tunisie, entré à Tibhirine en 1947) et le P. Jean-Pierre (81 ans, ancien Père mariste). Le P. Jacques-Emmanuel Voisin, ancien Abbé de Rochefort (Belg.) les aide temporairement. C’est avec une émotion profonde que nous avons écouté les Frères nous partager très simplement ce qu’ils avaient vécu à Tibhirine et ce dont ils s’efforcent de témoigner à Midelt : leur fidélité à la prière communautaire (le tintement des cloches alterne avec les appels des muezzins), leurs relations respectueuses avec leur personnel, leurs voisins, sans aucune pensée de prosélytisme, mais en offrant une présence d’amitié gratuite. Nous avons eu la joie de célébrer ensemble la fête de la Visitation qui est une fête quasi patronale de la communauté, depuis ses origines et dont Christian de Chergé ne cessa de scruter le mystère car il était convaincu que cet épisode de la Vierge est le vrai lieu théologico-scripturaire de la mission dans le respect de l’ ‘Autre’ que l’Esprit a déjà investi. Tous nous avons été impressionnés par la joie et surtout par l’espérance en l’avenir de nos Frères de l’Atlas qui occuperont désormais une grande place dans notre prière.

Rencontre avec Mgr Vincent LANDEL, Archevêque de Rabat

Mgr Vincent LANDEL, archevêque de Rabat et président de la Conférence des Evêques du Nord de l’Afrique, attendait les membres du groupe arrivant de Barcelone, Bruxelles, Paris et Rome, à l’aéroport de Casablanca avec son mini-bus. De main de maître, par des routes généralement excellentes et de multiples virages, il nous conduisit à travers la plaine puis le Moyen Atlas jusqu’à Midelt en quelque six heures de trajet (476 km). C’était pour la plupart d’entre nous le premier contact avec la terre marocaine profonde, bien différente de la région côtière fréquentée par les touristes. Autrefois « grenier de Rome », la région de la plaine offre des champs de céréales, des vignes et des vergers, mais dès qu’on s’approche du Moyen Atlas, il n’y a plus que des ‘forêts’ de petits cèdre rabougris et peu de terres cultivables : le sol, agglomérat d’argile et de tuf volcanique, rend impossible toute mécanisation et n’offre que de maigres touffes d’épineux aux troupeaux de moutons, chèvres, vaches et mulets, gardés souvent par de jeunes enfants. Nous avions l’estomac creux, les genoux raides et un peu le vertige en sortant du car vers 20 h 30. Les Frères de l’Atlas nous réservèrent un accueil chaleureux et … reconstituant !

Le lendemain, Mgr Vincent, après avoir présidé l’Eucharistie, nous a parlé à cœur ouvert de son diocèse qui, sur les 33 millions d’habitants du pays (il y en avait 9 millions en 1956), ne compte que 30 000 chrétiens d’une trentaine de nationalités (il y en avait 300 000 en 1956), soit 1 chrétien pour 1000 musulmans (un marocain ne peut qu’être musulman ; s’il se convertit, il perd sa nationalité, doit quitter le pays sans pouvoir y revenir et sa famille célèbre ses funérailles comme s’il était mort !). Le diocèse de Rabat (25 000 chrétiens – le second diocèse, celui de Tanger, en compte quelque 5000) s’étend sur 2000 km du nord au sud et 1000 km de l’ouest à l’est.

Avec grande simplicité, Mgr Vincent aborda quelques-uns des problèmes auxquels les chrétiens sont affrontés : conditions politiques dans un Etat musulman très sourcilleux pour tout ce qui ressemble à du prosélytisme (les évangélistes américains, bardés de dollars, nuisent fort aux relations) et donc surveillance sourcilleuse de tous les étrangers, résidants et autres, qui jouissent certes d’une liberté de culte, mais dans un contexte de non-liberté de conscience; nombre restreint d’agents pastoraux chrétiens : 40 prêtres de 30 nationalités, 150 religieux et religieuses (surtout des Franciscaines Missionnaires de Marie) de 25 nationalités, 3 monastères de contemplatifs : les 3 Trappistes de N.D. de l’Atlas à Midelt, des Clarisses mexicaines à Casa, des Clarisses melkites à Tazert ; le problème des mariages mixtes, surtout de ceux qui sont contractés par Internet (moyen de pouvoir gagner l’Europe) : un chrétien qui veut épouser une musulmane doit se convertir à l’Islam et les enfants seront nécessairement musulmans ; problèmes des milliers d’étudiants subsahariens, souvent chrétiens, qui, refusés par suite des quotas limitatifs imposés par les universités européennes, n’ont d’autre recours que de poursuivre leurs études dans l’une des 19 universités marocaines (n.b. : un marocain ne se considère pas comme africain, mais comme arabe, il considère par contre - vestige du passé - tout africain comme un esclave) et qui constituent les forces vives de l’Eglise au Maroc au point de vue de l’animation liturgique et pastorale ; drame des migrants clandestins de plus en plus nombreux ; problèmes de la quinzaine d’écoles chrétiennes, marocanisées mais non nationalisées, formant 12 000 élèves, tous musul-mans, ainsi que leurs directeurs et professeurs ; last but not least, le problème des extrémistes islamistes et de la colonisation insidieuse par les Emirats arabes.

Cette présentation de la réalité ecclésiale marocaine nous permet de comprendre le rôle des communautés chrétiennes, si réduites et dispersées soient-elles, et le témoignage de communion qu’elles portent si leurs membres, malgré la surveillance constante dont ils sont l’objet (même si l’Eglise catholique est officiellement reconnue par l’Etat), sont vraiment des hommes et des femmes de Dieu. Mgr Vincent a terminé son partage par une note d’espérance : malgré toutes ces difficultés, une avancée dans le dialogue de vie et le dialogue spirituel est possible si les interlocuteurs se reconnaissent ensemble sur le chemin vers Dieu.

Nous sommes infiniment reconnaissants à Mgr Vincent de nous avoir ouvert son cœur d’évêque et d’avoir pris soin de charger un chauffeur marocain de venir nous reprendre le samedi matin. Suivant un autre itinéraire de 540 km, celui-ci nous a fait découvrir d’autres aspects du pays et la cathédrale de Rabat.

Rencontre avec le Père Abbé Primat, Dom Notker Wolf

Cette année encore, le P. Notker Wolf, primat de la Confédération bénédictine, malgré ses voyages à travers le monde, a passé deux jours parmi nous et nous a enrichis de son expérience, plus particulièrement en Asie, et encouragés de ses conseils. Lié au DIM depuis quelque 30 ans, ayant accueilli dans son monastère le premier groupe de moines japonais, il porte depuis quelques années un intérêt particulier au monachisme en Chine et en Corée, deux pays où le dialogue de vie s’inscrit dans des contextes très simples. Il estime toutefois qu’il ne faut pas négliger la problématique européenne où certains musulmans ne cachent pas qu’ils veulent islamiser l’Europe. Ici, au Maroc, on voit les minarets, on sent la grandeur de Dieu, la religion s’exprime et se voit. Cela doit nous inspirer une façon d’être, en Europe, pour que les musulmans voient, dans nos monastères, que les chrétiens sont aussi des hommes de prière. Chacun est convaincu de posséder la vérité mais n’est pas toujours disposé à reconnaître le droit de l’autre à penser de même. Cela pose la nécessité de mieux se connaître en menant d’abord avec les musulmans un dialogue de vie qui permettra d’aborder ensuite un dialogue plus intellectuel. Il faut que les protagonistes affermissent leur propre identité.

Le Père Abbé exprime aussi la nécessité de chercher de nouvelles formes de vie bénédictine et de composer une règle de vie adaptée pour les oblats bénédictins dont l’apport peut être si important. Pour ce qui concerne les Echanges Spirituels, il invite à sortir de la focalisation sur le Japon et à se tourner vers la Corée où 80% des moines bouddhistes sont célibataires.

Quelques aphorismes du Père Abbé:

-         Seule l’acceptation de l’altérité peut permettre le dialogue.

-         Prendre l’interlocuteur au sérieux, sur un pied d’égalité.

-         Aimer ce que l’autre aime.

-         Se dire : « et homme a été créé comme moi-même, il est aimé de Dieu comme moi-même. »

-         La réciprocité n’est pas une condition de départ, mais le fruit de la confiance.

-          Se souvenir que le mot « religion » est occidental et ne dit pas assez le caractère englobant de la relation religieuse. Nous devions annoncer la Bonne Nouvelle et nous avons produit un catéchisme ! Garder certes des contacts internationaux, mais privilégier le niveau local.

-         Veiller à introduire les jeunes dans nos activités interreligieuses pour préparer la relève.

-         Faire preuve d’une compréhension particulière à l’égard des « recommençants ».

Avant de nous quitter, le Père Abbé – qui s’en étonnerait ? – nous a réjouis d’un petit air de flûte …

Rencontre avec le Père Jacques LEVRAT

Nous avons eu la chance d’accueillir pour notre journée de réflexion l’éminent islamologue, Jacques Levrat, prêtre Fidei Donum envoyé au Maroc en 1967 où il fut successivement, à Rabat, aumônier de la paroisse universitaire, pendant 8 ans vicaire général, membre depuis 30 ans du Groupe de Recherche Islamo-Chrétien (le GRIC) qui a déjà publié 5 livres écrits en commun par des chrétiens et des musulmans, enfin pendant 20 ans animateur du Centre La Source à l’intention de la communauté scientifique. Il y constitua une bibliothèque spécialisée sur le Maroc qui en fit un lieu de rencontres naturelles entre chrétiens et musulmans (la présence de livres chrétiens eut été taxée de prosélytisme). Appelé par un ami musulman à diriger une collection de sciences humaines (Edition Wallada) à Benni Mellal, il y a créé avec lui, en octobre 2005, une bibliothèque dans une région très démunie. Seul prêtre dans un rayon de 200 km, il est l’auteur de 5 livres dont chacun est le fruit de plusieurs années de travail et il s’efforce aussi de mettre en valeur le patrimoine artistique marocain. Il prépare actuellement, avec son ami Tahar Ben Jelloun, écrivain et poète marocain de langue française, la publication d’un échange de lettres sur leur expérience spirituelle qui paraîtra sous le titre « Dialogue entre croyants ».

La première partie de son exposé a évoqué l’aspect plutôt universitaire de son action, puis il nous a livré ses convictions personnelles au terme de 40 ans d’expériences au Maroc. Notons quelques remarques qui ont émaillé le début de son exposé. Il faut parler de choc des ignorances plutôt que des cultures. Le dialogue est toujours un risque. Si l’autre me modifie, quelque chose en moi meurt, autre chose naît. Dans le vrai dialogue, il y a le mystère pascal de mort et de résurrection. Découvrir ce qu’il y a de plus précieux dans l’autre : l’image de Dieu, mais l’autre nous fait découvrir la part christique en nous. Il est capital de commencer tout dialogue en écoutant l’autre. Il a proposé de distinguer les termes ‘conversation’, ‘négociation’ et ‘dialogue’. Par ‘conversation’, on entend l’art de la rencontre limitée par les conventions sociales. Par ‘négociation’, le caractère politique, avec le problème des frontières, de la solution pratique, du consensus. Dans le ‘dialogue’, on vise la découverte du meilleur de l’autre et cela ouvre les chemins nouveaux. Chacun est interpellé dans sa propre foi par la foi de l’autre. Ma préoccupation est d’être changé, moi, par la visitation de l’autre. L’effet de la rencontre chez l’autre ne m’appartient pas. Nous sommes soucieux du dialogue, mais il faut surtout faire confiance à l’Artisan.

Jo Van Haeperen, oblat du Monastère de Clerlande et délégué de l’A.I.M. a fait un exposé sur: L’idée de médiation dans la doctrine mystique d’Ibn Arabi.

L’idée que nous nous faisons couramment de l’Islam considéré comme orthodoxe, c’est qu’il n’admet aucun intermédiaire entre Dieu et l’homme. Et cela au nom de l’absolue souveraineté de Dieu. Il n’empêche que la science mystique et les voies de l’initiation mystique ont acquis droit de cité en Islam depuis al-Ghazali. Le soufi andalou Ibn Arabi fut l’un des maîtres de la doctrine mystique en Islam. Son influence reste encore bien vivante aujourd’hui.

Aux yeux d’Ibn Arabi, le rôle du mystique est d’actualiser l’universelle présence de Dieu. C’est par son intermédiaire que toute réalité s’unifie pour témoigner de l’unicité de Dieu. Il est le pôle qui attire tous les êtres et les situe dans l’orbite du divin. L’image du pôle encore trop impersonnelle est relayée par celle de l’Homme parfait. Celui-ci est le miroir dans lequel Dieu se reflète et à l’aune duquel toute réalité épanouit sa propre capacité à refléter Dieu. Sans l’activité de l’Homme parfait, l’univers s’effiloche, les êtres à la dérive s’enfoncent dans le néant. La médiation qu’exerce l’Homme parfait présente une incontestable affinité avec celle que l’apôtre Paul reconnaît au Christ.

La rencontre avec les Franciscaines Missionnaires de Marie de Tattiouine fut sans conteste la plus marquante. Entassés dans deux taxis (Mercedes d’un âge certain !) et la voiture du Prieuré, nous avons parcouru 17 km de route en lacets, bordée de précipices, avec le passage à gué d’un oued, et nous avons débarqué, quelque peu étourdis, au village berbère de Tattiouine, au pied du Haut Atlas dont les sommets restent enneigés toute l’année. Des gosses nous ont immédiatement entourés, fiers de nous saluer en français. Les trois sœurs occupent une « maison » berbère traditionnelle dont le dénuement et l’absence de confort nous ont impressionnés. Sœur Marie a passé plus de 30 ans en ce lieu, tandis que Sœur Barbara, irlandaise, y tient un dispensaire très rudimentaire. La célébration de l’Eucharistie a été un moment d’une grande densité et d’une profonde communion que nous ne sommes pas prêts d’oublier. Serrés dans la pièce qui sert de chapelle, assis sur des malles ou par terre, nous avons dû attendre qu’une voisine berbère achève la cuisson du petit pain pour l’Eucharistie : émotion inexprimable de partager le Pain en pareilles circonstances … Après le pique-nique, le groupe a continué à grimper vers un campement berbère sous un soleil ardent. Nous n’avons pas eu de peine à imaginer la vie de dénuement des Sœurs, surtout en hiver quand la température baisse à – 10° et qu’elles n’ont qu’un poêle pour se chauffer. L’électrification n’est pas encore arrivée jusqu’au village, mais les Sœurs peuvent s’éclairer parcimonieusement grâce à une bonbonne. Jour après jour elles rendent le Christ présent parmi les berbères et témoignent de son amour pour les plus pauvres en menant un dialogue de vie dont les fruits sont le secret du Seigneur.

Nous avons abordé avant de nous quitter la question de l’avenir des Echanges Spirituels, du choix et de la préparation des participants. La présence de plus en plus visible et durable de l’Islam dans nos pays, devrait inciter les monastères à s’éveiller à cette nouvelle réalité. Un dialogue de voisinage reste à inventer avec les communautés musulmanes proches de nos monastères.

Désormais le Maroc occupe une place privilégiée dans mon coeur et dans ma prière. Bien souvent je revois les visages de Mgr Landel, des trois frères de N.D. de l’Atlas, des trois sœurs Franciscaines, d’Omar et des chauffeurs dont j’ai admiré les délicates attentions. Plus « on se ballade», plus le cœur, la louange et l’intercession s’élargissent …

Sœur Marie-André

 

 

Quelques nouvelles de la communauté

 

Juin

Le 1er, sœur Elisabeth participe à une session de formation à la cithare à Rixensart.

Le 2, journée biblique animée par Mère Loyse sur Amos.

Sœur Anne et sœur Marie-David vont à Orval pour la bénédiction du nouvel abbé, le Père Lode.

Soeur Marie-Cécile et sœur Marie-Pierre Fosse se rendent à Tellin, au Musée de la Cloche ; elles sont invitées au verre de l’amitié offert en remerciement pour les trois cloches de leur monastère prêtées au musée.

Le 3, jubilé de 50 ans de profession de sœur Gertrude-Marie, du monastère de l’Annonciation, à Liège. Toutes les sœurs de Louvain-la-Neuve sont invitées à l’eucharistie, suivie d’un goûter.

Le 9, nous apprenons avec joie la réussite des derniers examens de sœur Marie-David. Elle obtient de la Faculté de Théologie Catholique de l’Université de Strasbourg sa licence en théologie, après avoir suivi les cours du télé-enseignement.

Le 11, les membres du groupe biblique de sœur Marie-André se réunissent au monastère.

Le 12, sœur Miryam reçoit une formation au soin des personnes âgées chez les sœurs de Charité de Namur. (voir p. 29)

Le 13, la réunion des chantres belges se tient au monastère. Sœur Hildegard, sœur Marie-Paule et sœur Marie-Christine y participent.

Le 19, sœur Nicole participe à la réunion de la MRB (Mutuelle des Religieux de Belgique) à Bruxelles. Dans la soirée, sœur Ria et sœur Raphaël, novice, nous arrivent de Béthanie jusqu’au surlendemain.

Le 20, réunion des hôtelier(e)s à la Pairelle. Sujet : l’aménagement des locaux. Sœur Hildegard et sœur Marie-Paule y participent.

Le 21, Mère Loyse, sœur Marie-Pierre Fosse et sœur Marie-Élisabeth vont à Louvain pour assister à la soutenance de thèse, brillante, du frère Sabino, de Bose, qui obtient le grade de docteur en philologie et lettres. Sujet : « L’opera di Isacco de Ninive nelle tradizione manoscritta siriaca ».

Le 22, récollection de la Fraternité des Veilleurs (pasteur Vilain). Mère Loyse assure l’animation.

Le 26,  sœur Nicole va à Bruxelles pour une réunion de la Mutuelle Saint-Michel.

Le 28,  Mère Loyse se rend à Brialmont pour la remise des diplômes aux élèves de l’ITIM.

 

Juillet

Le 3, réunion de la MRB à Bruxelles, pour sœur Nicole.          A l’accueil, début d’une session d’hébreu donnée par le frère Etienne, de Wavreumont.

Le 6, conférence de l’abbé Paul Scolas à la communauté.

Le 7, en tant que membre de la commission du DIM (Dialogue Inter-Monastique), sœur Marie-André se rend au centre de Tihange pour une rencontre avec les moines tibétains.

Durant toute la session d’hébreu, le frère Etienne nous a joué un morceau d’orgue après les vêpres et à l’eucharistie.

Le 8, sœur Birgitta accueille les animateurs du groupe qu’elle a accompagné lors des JMJ de Cologne. La communauté les rencontre après les vêpres et sœur Birgitta prolonge la soirée avec eux en partageant leur souper.

Le 9, nous apprenons le décès de Marie-Henriette Mortehan, oblate séculière du monastère.

Commencement de la session de grec biblique avec l’abbé Robert Henrotte. Sœur Marie-Pierre Fosse y participe activement.

Le 11, fête de Saint Benoît. Mère Loyse, sœur Marie-François et sœur Marie-Bernadette vont à Maredsous pour le jubilé de 50 ans de profession monastique du père Christian et des frères Dominique et Ferdinand.

Le 13,  Mère Loyse et sœur Marie-François vont à Ferrière pour les funérailles de Marie-Henriette Mortehan. La famille les reçoit très cordialement après la célébration.

La session de grec terminée, l’abbé Henrotte partage notre échange du soir.

Du 16 au 22, retraite prêchée par le Père Jacques de L’Arbre s.j. pour les hôtes.

Le 17, nous accueillons trois sœurs du monastère de Saint-Thierry qui passeront leurs vacances parmi nous jusqu’au 28.

Le 23, anticipation de la fête de Mère prieure, après les vêpres. Une séance récréative est donnée par quelques sœurs dont celles de Saint-Thierry séjournant chez nous. Un programme varié réjouit tout le monde.

Le 24, le Père Simon-Pierre, de Wavreumont, qui séjourne au Pérou est heureux de célébrer l’eucharistie avec nous en cette fête de la Bienheureuse Loyse de Savoie. Il prend avec nous le repas de midi après avoir donné des nouvelles de l’Église du Pérou.

Le 28, un concert a lieu dans notre chapelle à 15h. Au programme : des œuvres du compositeur belge Peter Benoît, né le 17 août 1834, qui a rétabli la tradition du chant populaire et s’est fait le défenseur du mouvement musical flamand. Le concert est donné par les chorales d’hommes « Cibus Spiritualis » et « Sint Barbara », dirigées respectivement par Marcel Van Cauwenberge et Jos Van den Borre. Quelques pièces d’orgue sont interprétées par Jos Van den Borre. Pour l’occasion, certains morceaux sont donnés par les deux chorales réunies. La chapelle accueille un bon nombre de personnes. Un goûter est servi aux choristes à la fin du concert. La recette est destinée au financement des travaux à la ferme.

Le 30, Mère Loyse et sœur Marie-André vont aux funérailles de sœur Pia Valeri à Rixensart. Cette dernière a beaucoup travaillé au dialogue interreligieux.

Sœur Marie-Paule prépare un W.E. pour les jeunes avec trois membres du CNV (Centre National des Vocations).

Deux jeunes participent au camp « Prière et travail ». Sœur Marie-Elisabeth s’en occupe.

 

Août

Le 2, l’abbé Marcel Bastin, en séjour à l’accueil, partage notre rencontre du soir.

Le 4, Mère Loyse et sœur Miryam participent, à Saint-Servais, à l’eucharistie en rite congolais, célébrée pour la maman d’Agnès Maluta, décédée il y a un mois. Agnès expliquera à la communauté le sens de tous les rites.

Du 6 au 10, pour la communauté et les hôtes, session par le Père Claude Tassin, professeur à l’Institut Catholique de Paris, sur le sujet : « Les tradi-tions juives anciennes, un éclairage fécond pour le Nouveau Testament ».

Du 11 au 15, retraite en néerlandais donnée à l’accueil par sœur Hildegard. « Met de pelgrimsweg in het hart » (Ps.83, 6).

Le 15, rencontre avec le père Pierre Mourlon Bernaert sj, en séjour à l’accueil, qui nous parle de l’Église de Bruxelles et donne des nouvelles des Jésuites dans le monde.

La suite des nouvelles d’août paraîtra dans le prochain numéro.

 

Sœur Marie-François

 

 

A la librairie d’Ermeton

Deux livres attendus depuis longtemps… pour rejoindre deux passions… !

 

Ancien Testament hébreu/français inter-linéaire

L’ouvrage (2780 pages) comprend le texte de la Bible hébraïque (BHS), une traduction interlinéaire mot à mot et, en bas de page, le texte de la TOB et de la Bible en français courant.

Exceptionnel !

Le 26 octobre 2007, peut-être pas à 00h01, mais dès 8h30, vous trouverez le dernier tome de « Harry Potter » dans notre librairie !

« Génial », diront les fans.

« Les soeurs sont devenues folles », penseront d'autres.

Un brin de fantaisie, certes.

Mais sans, pour autant, vendre son âme au diable.

En effet, certains ont diabolisé Harry Potter, bien souvent d'ailleurs sans l'avoir lu. J'ai lu les six tomes, je suis en train de lire le dernier (in english, c'est plus long...) et vraiment, je me demande toujours ce qu'on peut reprocher à cette belle série de romans.

Tout d'abord, c'est de la belle littérature. Je ne connais pas assez l'anglais pour juger la qualité linguistique de l'original, mais la traduction française est remarquable, agréable à lire. On ne sent pas la traduction. L'ensemble est bien mené, on ne devine pas la fin, il y a toujours des surprises. Les chapitres sont agencés de sorte que dès que l'un se termine, on a tout de suite envie de lire le suivant. Certains passages de grand suspense tiennent le lecteur en haleine.

Les sept livres forment un tout, pas seulement une suite chronologique. Un petit conseil: en attendant le 26 octobre, relisez les six tomes précédents, cela vous facilitera la lecture du dernier et vous le fera encore mieux goûter. On y retrouve en effet des éléments de chacun des romans précédents.

Dans cette série, on retrouve du Charles Dickens (l'orphelin maltraité par son oncle, logé sous l'escalier, par exemple) et tout l'imaginaire de notre culture occidentale : Nicolas Flamel, la pierre philosophale, les sorciers avec leurs grimoires... Ne prenons pas un air choqué. N'avez-vous pas rêvé, enfant, en lisant ou voyant les merveilleux films de Walt Disney, « Blanche-Neige et les sept nains », « Cendrillon » avec sa marraine la bonne fée, n'avez-vous pas craint la fée Carabosse ? Pourquoi Dumbeldore et son école de sorciers seraient-ils plus dangereux ?

De plus, dans ces romans, il y a un fond qui mérite attention. Certaines phrases, souvent prononcées par le fameux Dumbeldore, ont saveur de sentences à retenir et méditer. Vous souvenez-vous de celle-ci dans le tome 2, La Chambre des secrets: « Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes, beaucoup plus que nos capacités » ?

Face au mal qui semble de plus en plus l'emporter, face à Voldemort et ses Mangemorts, Harry reste bon, il ne cède pas à la spirale de la violence. Dans l'adversité, l'amitié profonde qui unit Ron, Hermione et Harry se solidifie de manière impressionnante. De belles leçons d'humanité.

Ces romans ne parlent pas de Dieu, pourquoi alors, au nom de la foi, diaboliser ces écrits tout à fait profanes ? Serions-nous inquiets ? Pourquoi ? N'est-ce pas l'occasion de se demander : quelle est l'image de Dieu que je me fais ? Est-il pour moi un grand « magicien » ? Alors Harry Potter peut sembler un concurrent dangereux. Si non, il ne l'est pas, pas plus qu'Hercule Poirot ou Maigret. Lire un bon roman est une excellente détente. L'humour et l'amour qui sont présents dans ces livres ne peuvent que nous faire du bien. C'est pour cela que la librairie du Monastère s'offre la fantaisie de vendre le dernier « Harry Potter », dès sa sortie en français.

Alors ? Au 26 octobre ?

Sœur Marie-Paule

 

Une entraide fraternelle :

Mes premiers pas à l'infirmerie

Un stage à "Béthanie" chez les Sœurs de Charité de Namur (12-14 juin 2007)

 

 

Récemment nommée responsable de l’infirmerie, en remplacement de sœur Bénédicte, sœur Miryam – qui n’est pas infirmière ! – a été fraternellement initiée à quelques rudiments de sa nouvelle charge, grâce à l’entraide pratiquée par les Sœurs de Charité de Namur qui comptent parmi les proches amies d’Ermeton. Elle partage ici sa reconnaissance.

 

Depuis trois mois environ, j'ai reçu la responsabilité de l'infirmerie. Puisque je n'ai pas de formation d'infirmière, je suis allée trois jours à Béthanie, dans la maison de repos des Sœurs de Charité de Namur destinée principalement aux religieuses âgées de la Congrégation. J'aime partager l’expérience que j’y ai faite, parce que j'ai été accueillie d'une façon extrêmement gentille, aussi bien par les sœurs que par le personnel. Toutes étaient d'une amabilité et d'une disponibilité très grandes pour s'occuper de moi, particulièrement Sœur Gerda, responsable de la communauté, et Catherine, l'infirmière en chef. Celle-ci a suivi, durant deux ans en Suisse, une formation supplémentaire en gériatrie et soins palliatifs, afin de pouvoir s'occuper de personnes âgées ou en fin de vie. Au moment de mon stage, elle n’était à Béthanie que depuis trois mois. Elle n'en était pas à son premier travail, elle avait déjà de l'expérience mais j’ai été émerveillée par la façon dont elle faisait son travail : non seulement elle connaît son métier mais surtout on sent qu'elle croit à ce qu'elle fait, avec une conviction personnelle, basée sur ses études.

Au moment de partir, j’ai dit à sœur Gerda et à Catherine : Merci beaucoup de tout le temps que vous m’avez donné, parce que vous avez quand même votre travail et je suis venu y ajouter quelque chose de plus. Elles m'ont répondu toutes les deux – et de la part d'une laïque, cela m’a paru encore plus touchant – mais c'est gai de pouvoir aider une autre communauté, de pouvoir partager, échanger, s'encourager…

En plus de tout ce que j'ai pu vivre à Béthanie, cette réponse, si spontanée et fraternelle, m'a tellement touchée que je suis heureuse de la partager avec les lecteurs de l’Amandier.

Sœur Miryam

 

 

La lampe et le lampadaire

 

« On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le lampadaire pour qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5,15).

Sous la rubrique « La lampe et le lampadaire », l'Amandier informe les Amis d'Ermeton sur l'avancée du projet de restauration des locaux de l'accueil et les nécessités qui s'y attachent.

 

Après les congés du bâtiment, les travaux ont repris à la ferme et se sont poursuivis presque sans interruption malgré les intempéries de l’été. Celles-ci n’ayant commencé qu’une fois le toit posé, nous n’avons donc guère enregistré de retards si ce n’est en ce qui concerne le crépissage des façades.

La pose des châssis de fenêtre et de portes est en cours ; les travaux d’égouttage se poursuivent à l’extérieur du bâtiment. Le sablage des murs, extérieurs et intérieurs, est achevé. À l’intérieur, le gros œuvre est pratiquement terminé. Électriciens, chauffagistes, plafonneurs, monteurs de l’installation sanitaire et monteurs de l’ascenseur s’affairent. On étudie maintenant le choix des carrelages et des peintures, tout en commençant à imaginer plus concrètement l’emplacement des meubles…

A la prochaine rencontre des Amis d’Ermeton, le 14 octobre, ceux-ci pourront donc admirer, de l’extérieur, l’ensemble du bâtiment en bonne voie d’achèvement et se réjouir déjà à l’idée de fêter dans un an son inauguration !

D’ici là, il faudra encore y passer beaucoup de temps et y mettre beaucoup de forces. Du côté de la communauté, l’équipe de chantier compte désormais un membre de plus en la personne de Sœur Marie-David, qui vient de terminer ses études et n’a heureusement rien perdu de son intérêt pour la vie pratique. Aucune réflexion n’est de trop quand il faut prévoir l’avenir et poser en conséquence des choix peut-être irréversibles…

L’encouragement de nos amis continue à nous porter de mille façons. Il n’est pas mots pour les en remercier. Le silence et la prière s’en chargent.

 

Comptes bancaires

DEXIA : 776-5976771-19 (IBAN : BE39 7765 9767 7119 BIC : GKCCBEBB)

 

Pour la France :

Société Générale Givet : 0003729001810 (IBAN : FR76 30003 00581 00037290018 10),

(BIC–ADRESSE SWIFT : SOGEFRPP)

avec la mention « la lampe et le lampadaire »

 

Zone de Texte: Le 23 décembre 2007 à 15 h, les membres de la chorale du Beffroi Notre-Dame chanteront Noël dans l’église paroissiale d’Ermeton. Ils offriront à nouveau ce concert au profit des travaux de l’accueil du Monastère. Ils vous invitent à y assister nombreux.

 

La matière de ce numéro étant trop abondante, nous avons dû renoncer à regret à faire paraître la Page des jeunes et Sur les pas de Saint Benoît.

Mais les articles préparés trouveront place dans le numéro de décembre.

Merci aux collaborateurs qui avaient tout fait pour que leur copie nous parvienne à temps.

 

 

C’est le moment

de renouveler votre abonnement à l’Amandier

 

 

 

L’Amandier paraît quatre fois par an. Il donne régulièrement des nouvelles de la communauté, de ses projets et rappelle les activités proposées à l’accueil. Il est soutenu et promu par un groupe d’Amis qui proposent :

Pour la Belgique :

Abonn. ordinaire : 8

Abonn. de soutien : 10

Abonn. d’honneur : 15

À verser au compte n° 000-3204631-42 Nicole Lambot—l’Amandier, rue du Monastère,1 à 5644 Ermeton-sur-Biert.

Pour les autres pays :

Abonn. ordinaire : 10

Abonn. de soutien : 12

Abonn. d’honneur : 15

À verser au compte (IBAN BE77 0003 2046 3142) BIC BPOTBEB1 Nicole Lambot—l’Amandier, rue du Monastère, 1 à B - 5644 Ermeton-sur-Biert.

Pour la France : Société Générale Givet : 0003729001810

(IBAN : FR76 30003 00581 00037290018 10),

(BIC–ADRESSE SWIFT : SOGEFRPP)

avec la mention "Amandier 2008"

L’excédent des frais d’impression est affecté entièrement à la rénovation de l’accueil. N’oubliez pas d’inscrire vos nom et adresse complète avec la mention « Abonnement Amandier 2008 ».

Contenu

Liturgie d’automne

Sœur Loyse

2 – 5

Du spirituel dans l’art – Un atelier de céramique au monastère

Geneviève Bricoult

6 – 8

L’université de Paix

Sœur Birgitta

9 – 11

À l’occasion des messes radiodiffusées

Jean Présence

12 – 16

Quelques jours au Maroc

Sœur Marie-André

16 – 24

Quelques nouvelles de la communauté

Sœur Marie-François

24 – 27

À la librairie d’Ermeton

Sœur Marie-Paule

27 – 29

Une entraide fraternelle

Sœur Miryam

29 – 30

La lampe et le lampadaire

Sœur Loyse

30 - 31

Abonnement – contenu

 

32

 



[2] Dominique Pire