L'Amandier
Juillet 2006
Édit. resp. : Sœur Loyse
Morard, Monastère Notre-Dame
Rue du Monastère 1, 5644 Ermeton-sur-Biert
"Reposez-vous un peu"
En
ce temps des vacances, l'invitation de Jésus à ses disciples nous interpelle
particulièrement. Nous l'entendons dans la liturgie de ce chaud dimanche de
juillet où elle nous rejoint, au sens propre... Pour les uns, l'été est
synonyme de vacances, pour les autres de surcharge; pour tous il évoque le
repos, qu'on en jouisse ou qu'on y aspire. Les circonstances présentes à
Ermeton sont telles qu'on y aspire plutôt…
Mais
l'évangile n'a-t-il rien d'autre à nous dire à ce propos que de nous rapporter
un conseil banal pour un moment de fatigue ? Conseil d'ailleurs qui n'a pas été
honoré puisque, à peine "partis à l'écart dans un lieu désert", Jésus
et ses disciples ont été rattrapés et même devancés par la foule. Après une
mission qu'on peut imaginer harassante puisqu' "on n'avait même pas le
temps de manger", leur besoin de repos devait s'accompagner d'un sentiment
d'urgence. Pourtant, l'urgence de la fatigue et de la faim s'est effacée devant
une autre urgence, plus profonde, plus vitale encore: l'urgence de la
"pitié". Non pas la commisération condescendante mais, littéralement,
"l'émotion des entrailles". Sa pression l'emporte sur celle qui
tiraille l'estomac ou fait tomber les paupières. Elle est une force intérieure
irrésistible, bien plus profonde et autrement impérative que la nécessité de
manger ou de dormir.
Avant
de restaurer les foules qui, elles aussi, éprouvent la faim et la fatigue,
Jésus et ses disciples cèdent d'abord au mouvement de leur cœur. Ils sacrifient
leur besoin immédiat pour rejoindre chez les autres un besoin plus essentiel:
celui d'être reconnus, enseignés, guidés, nourris, non seulement de pain mais
de parole, celui d'être rassasiés d'amour. Ce besoin, nous le connaissons tous.
Tout vrai repos revient à le combler car le repos, si nécessaire qu'il soit,
n'est pas à lui-même sa propre fin. Il annonce toujours autre chose, comme le
sommeil prélude au réveil. Comme le repos du sabbat prépare la résurrection.
Quand
Jésus, endormi dans la barque est réveillé par ses disciples, il calme la mer
pour les ouvrir à son propre mystère. Quand assis au bord du puits, fatigué par
la chaleur, il comble la soif de la Samaritaine au point d'en oublier la
sienne, c'est qu'il veut lui révéler qui il est en la révélant à elle-même.
Mais à Gethsémani, au moment ultime où il offre sa vie à son Père, il déclare à
ses disciples: "Vous pouvez dormir maintenant". Puisque lui-même va
s'endormir sur la croix, puisqu'il s'apprête ainsi à aimer jusqu'au bout, ses
disciples peuvent dormir aussi. Ils se réveilleront avec lui, définitivement,
dans son corps ressuscité. Car il y a un Repos qui dépasse tout repos.
En
un temps traditionnellement consacré à la détente, cette pensée peut soutenir
ceux et celles à qui les circonstances imposent de s'adonner péniblement au
travail, ceux et celles que la fatigue accable et qui voudraient "se reposer
un peu". L'évangile leur rappelle que, dans toutes leurs fatigues, ils
sont toujours devancés ou précédés par d'autres, comme Jésus et ses disciples
l'étaient par les foules. Être touché aux entrailles, se laisser gagner par la
tendresse ou la compassion au point d'en oublier l'urgence de sa propre
lassitude, voilà sans nul doute l'accès le plus sûr au repos véritable: essayer
d'aimer pour assouvir la seule faim qui habite tout homme et partager ainsi
avec Jésus la vie de son Père qui, lui, "travaille toujours" !
À
quelques jours de leur arrivée chez nous, travail, fatigues et émotions nous
unissent spécialement à nos sœurs de Louvain-la-Neuve en plein déménagement.
Mais en ce même été, d'autres, ailleurs, subissent des peines et des fatigues
incomparables, que nous ne pouvons pas oublier… Touchés aux entrailles par les
foules accablées, Jésus et ses disciples ont laissé là leur propre repos pour
leur distribuer la parole et le pain. Cette compassion, la tendresse de leur
cœur, ils nous les partagent encore, à l'infini. À charge pour nous de les
répandre. Aujourd'hui. Que les fruits de l'amour, toujours multipliés, soient,
cet été, notre vrai repos. Bonnes vacances à tous !
Sœur Loyse,
"Où
la trouver, cette eau vive ? "
(Jean 4,
1-42)
La session
"Kaire" à BARI
Du
15 au 22 mai dernier, sœur Miryam a participé, en tant que représentante de
l'Union des Bénédictines de Belgique, à la session œcuménique "Kairé"
(du premier mot de la salutation de l'Ange Gabriel à Marie) qui rassemble, tous
les deux ans, des femmes de différentes confessions chrétiennes d'Europe,
engagées dans la vie religieuse: moniales orthodoxes, diaconesses protestantes,
religieuses catholiques… Elle nous partage quelques impressions.
C'était
la première fois que je participais à une rencontre œcuménique. Je n'avais pas
"d'attentes" particulières parce que je ne savais pas ce qui
"m'attendait". J'avais reçu le programme, bien sûr, et tous les
renseignements nécessaires, mais pour moi, qu'est-ce que j'allais y faire? Voilà
la question que je me posais. Je suis même partie, comme on dit, "avec des
pieds de plomb" et pourtant de tout cœur ou, pour le traduire en termes
monastiques: "par obéissance". J'ai dit oui, un petit oui timide,
venant de je ne sais où, de cette profondeur où les pour et les contre
s'évanouissent pour faire place au calme intérieur, plein d'attentes.
Car
je me suis contredite; je n'avais pas d'attentes et pourtant j'en étais pleine.
Une question les contenait toutes : qu'est-ce que Dieu me réservait par là ? À
cette question, je ne sais toujours pas répondre de façon concrète. Je peux
dire seulement que ces jours m'ont touchée très fort au point que, à mon propre
étonnement, chaque fois que j'en parle, des larmes me viennent aux yeux ... ,
ce qui ne m'arrive pourtant pas facilement !
J'ai
vécu ces jours avec des personnes animées toutes du même désir, de la même soif
de Dieu. Ensemble, nous avons fait l'expérience de cette soif qui nous réunit.
Dietrich Bonhœffer a écrit : "Notre moi nous barre la route vers Dieu et
vers nos frères". Je pense que, dans cette rencontre, nous avons
dépassé "notre moi" pour boire à l'unique Source, comme la
Samaritaine, et pour donner et recevoir à boire les unes des autres sans
"nous préoccuper" de nos différences.
Il
me faut maintenant parler du contenu de ces journées.
"Kairé",
comme une petite voix dans le grand concert de l'œcuménisme, a surgi à la suite
d'une session œcuménique des années 1970 (après '68 !) où 80 sœurs, de
différentes confessions chrétiennes, se sont réunies à Bossey, près de Genève,
autour du thème "Vivre l'Évangile aujourd'hui". Cette rencontre a
suscité le désir de poursuivre l'expérience. Depuis lors, un groupe informel –
non une grande organisation – rassemble des femmes de différentes confessions
chrétiennes, religieuses et laïques, qui organisent tous les deux ans une
rencontre internationale largement ouverte. Au cours des dernières années,
plusieurs de ces rencontres ont eu lieu en Europe Centrale ou en Europe de
l'Est, alors que précédemment on se limitait plutôt à l'Europe occidentale.
Cette année-ci, le choix s'est porté sur le bassin méditerranéen, plus
précisément sur la région des Pouilles au sud de l'Italie, une région à la
croisée des peuples, des religions, des cultures.
Les
rencontres de "Kairé" ont toujours un double objectif : l'écoute de
la Parole de Dieu et le contact avec la région et l'Église qui nous
accueillent. Celle de cette année comportait quelques particularités : durant
toute la semaine, nous n'avons eu qu'une seule eucharistie, le dimanche, une
eucharistie catholique. Cette décision résultait d'une réflexion portant sur
"la place de l'eucharistie, aujourd'hui dans l'Église et sa place dans nos
rencontres de Kairé". Pour moi, cette unique eucharistie a été l'un des
deux sommets de la prière durant la semaine, justement parce qu'elle était
unique. Elle nous mettait sous les yeux notre commune soif de Dieu et nous
faisait ressentir combien divisions et différences n'ont plus de sens quand on
s'unit pour "chercher vraiment Dieu" (R.B. 58,7). "Chercher
Dieu", n'est-ce pas pour saint Benoît le seul critère qui permet
d'accepter "n'importe qui" dans la communauté, afin "de vivre
ensemble et d'être unis" (Ps 132) ? Le moment le plus fort, le plus
impressionnant, fut bien sûr la communion : plus de la moitié des participantes
sont restées sur place, mais je crois bien que tout le monde pleurait.
Nous
étions 17 catholiques dont 1 gréco-catholique, 4 bénédictines et 3 laïques; il
y avait 8 réformées dont 3 laïques; 8 anglicanes parmi lesquelles 1 prêtre et 1
en formation en vue du sacerdoce; 7 luthériennes dont 1 pasteur et 1 laïque, et
5 orthodoxes dont 1 laïque. Ce même dimanche, des chrétiens de la région,
engagés dans l'œcuménisme, nous ont rejointes pour vivre avec nous la rencontre
biblique du matin, l'eucharistie présidée par Don Angelo Romita, délégué pour
l'œcuménisme du diocèse de Bari, et le dîner.
Le
deuxième sommet de prière a été pour moi la prière silencieuse quotidienne,
toutes ensemble, sous la "Tente de la Rencontre" ou la "Tente de
l'Alliance". Chaque matin, nous écoutions un commentaire biblique donné
par Madame Corina Combet-Galland (exégète réformée, professeur de Nouveau
Testament) autour du thème "Où la trouver, cette eau vive ?" (Jean
4, 1-42). La conférence était suivie d'une heure de silence individuel
précédant un partage en petits groupes d'une heure et demie environ. Nous
étions dispersées au jardin sous un soleil doux et agréable. Après quoi nous
nous réunissions sous "la Tente", construite en bois et munie de bancs
de pierre, pour prier une vingtaine de minutes en silence autour d'un calice et
d'une patène comme symbole de l'union tant désirée. Pour terminer, nous
chantions ensemble les Béatitudes, chacune dans sa propre langue.
Dans
la chapelle, nous priions aussi, chaque jour, les laudes et les vêpres. Là
également, on alternait les langues des psaumes et des lectures. Le matin, nos
sœurs orthodoxes roumaines, de trois monastères différents, chantaient
magnifiquement à deux voix l'ouverture des laudes. Le Notre Père était récité,
chacune dans sa langue.
Jusque
là, cette expérience de Pentecôte ne me posait pas trop de problèmes, mais elle
s'est révélée un peu plus éprouvante dans la salle de conférence qui était
assez petite. Nous y étions disposées par groupes linguistiques (français,
anglais, allemand et italien) autour d'une traductrice, ce qui signifie qu'on
entendait toujours parler, en plus de la sienne propre, deux autres langues
derrière soi et une troisième devant ! En général, je n'ai pas éprouvé trop de
difficultés à comprendre les conférences, sauf celle du Professeur Cassano, un
italien muni d'une voix de trompette qui n'attendait pas les traductions... Je
sais qu'il a parlé du "Bassin méditerranéen, croisement de peuples, de
cultures et de religions", mais avec lui…, j'ai "décroché"!
Dans
les contacts personnels, nous nous débrouillions en parlant toutes les langues
à la fois, ce qui était bien sympathique. 4 participantes provenaient d'Italie,
6 d'Allemagne, 2 des Pays-Bas, 6 de France, 7 de Grande-Bretagne, 1 d'Écosse, 1
d'Irlande, 6 de Suisse, 4 étaient belges, 5 roumaines, 1 bulgare, 1 lettone et 1 venait des États-Unis.
Notre
visite à la crypte de la Basilique San Nicola a été l'occasion d'un autre
moment de prière particulier. Nous y avons célébré les vêpres orthodoxes. On
peut prier là, auprès des reliques de Saint Nicolas … si l'on y arrive, car il
s'y presse tellement de monde que j'avoue n'avoir pas fait l'effort. J'ai pensé
plutôt à la réponse de Jésus à la Samaritaine qui lui demandait où il faut
prier : "C'est en esprit et en vérité qu'il faut adorer". Je suis retournée
à la crypte le jour du départ et… c'était encore pire !
Je
voudrais cependant évoquer l'histoire de ces reliques. Il faut savoir qu'elles
ont été volées et emmenées à Bari au XIe siècle ! C'est même un
bénédictin, l'abbé Élie, qui a joué dans ce vol le rôle de premier plan et a
fait ériger la basilique, conçue comme un grand reliquaire en l'honneur de
Saint Nicolas. Celui-ci est donc un saint "importé", dans l'intention
de faire de Bari un lieu de pèlerinage.
Saint
Nicolas est invoqué pour l'unité. Sa fête se célèbre le 6 décembre, comme tout
le monde le sait - au moins ceux qui ont gardé leur cœur d'enfant. Cependant,
l'Église orthodoxe fête encore chaque année la "translation des
reliques", le 9 mai.
Aujourd'hui,
la basilique San Nicola est gardée par les dominicains de l'Institut Œcuménique
Théologique et Patristique de Bari, que nous avons visité aussi. Cet institut
compte actuellement 25 étudiants et 25 professeurs ! L'enseignement dispensé
vise à former des animateurs en matière d'œcuménisme, témoins de l'unité.
Le
vendredi, une journée d'excursion devait nous conduire à la découverte des
églises urbaines et rupestres des Pouilles, avec leurs fresques. Nous avions
entendu à ce sujet, le soir précédant, une conférence avec diapositives, pour
éveiller notre intérêt et notre goût. Je dois dire que le langage sans paroles
de ces anciens témoins silencieux me parle beaucoup. Il porte le poids d'une
foi pure, restée vivante durant des siècles. Mais … nous sommes en Italie ! Le
départ en autocar avait été fixé à 7 heures du matin. À 7h 30, pas d'autocar…,
8h…, 9h…, rien… En l'absence de toute explication de la part de l'agence de
voyage responsable, une autre agence a bien voulu nous dépanner, mais au prix
d'un changement de programme. Parties finalement à 10 heures et demie, nous ne
sommes pas allées voir des églises ni des fresques anciennes mais, comme tous
les touristes de l'endroit, nous avons visité les grottes souterraines de
Castellano dont quelqu'un disait qu'elles feraient "un décor parfait pour
Harry Potter". L'après-midi, nous sommes allées vers Alberobello, le
"village des trullis", maisons rondes en pierre blanche ou couvertes
de chaux, munies d'un toit conique, en forme de huttes africaines : "un
décor parfait pour contes de fées"…
En
finale, nous avons eu droit quand même à la visite de deux églises rupestres :
San Nicola et San Angelo. Dans la première, les fresques étaient très bien
conservées : lieu désert, obscur, décor rude, rochers durs, témoins d'une foi
solide. Les Pouilles sont très riches en petites églises qui sont toutes des
églises pour le peuple et non des églises de monastères. Malheureusement, je
n'ai pu ramener aucune illustration de ces lieux. Les rues de Bari, étroites,
sont pleines de petits magasins-souvenirs pour touristes où l'on trouve même
des "trulli" en plastique… mais, hélas, pas de cartes du tout… !
Un
dernier mot enfin sur les conférences bibliques de Corina. Nous avons travaillé
avec elle les thèmes du puits, du jardin et de la soif, à partir du récit de la
Samaritaine (Jean 4).
Tout en gardant ce récit comme "source" principale de ses exposés, ou
comme "puits" où elle allait puiser, Corina a parcouru la Bible en
cherchant et en savourant avec nous toutes les gouttes d'eau qu'elle y
trouvait. Aussi je voudrais terminer par cette belle phrase tirée de sa
dernière conférence, qui exprime si bien l'expérience de cette rencontre de
"Kairé" :
"C'est la profondeur de la soif qui rassemble,
qui fait l'unité "!
Cette
unité-là, nous l'avons partagée. Corina nous disait : "L'eau change de
qualité, comme un personnage qui grandit : elle répond d'abord à la soif la
plus élémentaire de l'homme, puis elle devient eau vive, pour se changer enfin
en source jaillissant pour la vie éternelle."
Une
telle expérience d'unité n'est pas liée seulement à l'œcuménisme, elle vaut
pour toute communauté, pour toute vie, pour "tous ceux qui cherchent
vraiment Dieu…"
(À
noter: Corina a promis de venir chez nous l'année prochaine pour une session !)
Un atelier d’écoute
(Kornelimünster,
9 - 12 mai 2006)
J’arrive
à Kornelimünster, une abbaye bénédictine proche d’Aix-la-Chapelle. La tâche
principale des moines y consiste dans l’accueil des hôtes auxquels ils offrent
beaucoup de possibilités différentes: séjours individuels, sessions, dans une
hôtellerie complètement renouvelée il y a quatre ou cinq ans.
C'est
là que j’ai la chance de participer à une session intitulée « Aufeinander
hören, miteinander reden » (s’écouter, se parler), session à laquelle
j’aspirais depuis longtemps et en vue de laquelle je suis entrée en contact
avec l’animateur, il y a plus ou moins quatre ans. Quoi de très surprenant que
ce moment ait été pour moi presque solennel !
Nous
sommes dix participants dont cinq de l’ordre bénédictin, quatre autres
religieux et religieuses et une anesthésiste. L’animateur, M. Egerer-Schaffrin,
a une longue expérience de formation à la communication non-directive et a
rencontré dans son travail beaucoup de communautés religieuses pour les former
à l’écoute.
La
session s’appuie sur ses expériences de communication.
Chaque
journée commence par une formation théorique de base où l'animateur nous
explique certains faits de la communication, suivie chaque fois d'une mise en
application pratique : on nous demande d’appliquer dans un dialogue ce que
nous venons d’apprendre théoriquement. Ce dialogue est observé par une ou deux
autres personnes du groupe et, en même temps, enregistré. Nous avons ainsi la
possibilité de nous écouter par après, de corriger nos interventions
nous-mêmes, d’être corrigés par les autres et d’entendre d’autres propositions.
Ceci nous permettait de nous rendre compte de notre manière de parler, d’entrer
en contact avec l’autre par nos mots, mais aussi par nos gestes, nos yeux, le
timbre de notre voix.
Le
but d'un tel enseignement n’est pas d’apprendre des "trucs",
d’appliquer une méthode mais de se rendre compte de sa propre manière de parler
et d’écouter. Il ne s’agit pas de dominer une technique mais de rejoindre ce
que l’autre éprouve en racontant un événement de sa vie : qu’est-ce que
cela signifie pour lui, pourquoi me le raconte-t-il d’une telle manière ?
Pour pouvoir le rejoindre, je suis appelée à être attentive à ses paroles, à sa
manière de parler, à ses gestes et à sa voix.
Cela
me demande de me rendre présente et disponible à l’autre, de m’ouvrir à la
personne qui est en face de moi, d’essayer de percevoir les émotions que son
récit déclenche en elle et, bien sûr, aussi en moi, car je ne reste pas
indifférente à son vécu. Exprimer ses émotions de manière juste, vraie et
adéquate représente un rude effort.
Et
encore, comme il est difficile de ne pas interroger mon vis-à-vis, de ne pas
commenter son histoire et de ne pas lui proposer des solutions ! Les
exercices pratiques me le font sentir à plusieurs reprises.
Tout
au long de ces jours, je me suis rendu compte que l’attention prêtée à l’autre
n’est pas tellement différente de l’écoute de la Parole de Dieu. Est-ce qu’on
ne rejoint pas ainsi le Christ qui, sur sa route, était attentif à ses proches
comme, par exemple, à Zachée, à la Samaritaine, au bon larron et, après sa
résurrection, à Marie-Madeleine et à l’apôtre Thomas ? Le Christ s’est ouvert
aux demandes de ses proches et les a rejoints dans leur désir de salut le plus
profond, à travers ses paroles et les signes qu'il a accomplis.
Les
premiers mots de la règle font écho en moi : " Écoute, mon fils,
… ; prête l’oreille de ton cœur … ." Ne s’agit-il pas de s’ouvrir
grandement à l’Esprit Saint et de se rendre disponible à l’Autre (l’autre)
? Quand saint Benoît souhaite que nous accueillions l’hôte en toute humanité (RB
53,9) ne s'agit-il pas aussi de lui accorder notre temps, de lui ouvrir une
oreille et un cœur prêts, attentifs à l’écouter, et de lui montrer tout notre
respect – témoignage du bonheur d’une rencontre en profondeur, en présence de
Dieu?
Le
2, nous accueillons, pour trois jours, les enfants de Biesmes et environs qui
se préparent à leur profession de foi. Ils seront accompagnés, en plus des deux
animatrices, par sœur Marie-Élisabeth et sœur Marie-Paule. Chaque enfant
reçoit, au moment de la prière litanique des vêpres, une "marraine",
c’est-à-dire une sœur qui priera pour lui pendant sa retraite.
Le
3, au soir, sœur Birgitta accueille un groupe d'environ 25 jeunes emmené par
monsieur l’abbé P. Denis. Ils effectuent un chemin de croix nocturne et
pédestre.
Le
4, les enfants de Biesmes participent une dernière fois à l’office des vêpres
et reçoivent des mains de leur "marraine" la croix qu’ils porteront
le jour de leur profession de foi. Les parents les ont rejoints. Vient ensuite
une séance "photos".
Les
6 et 7, retraite de profession de foi pour les enfants des paroisses de
Warisoulx et Bovesse. Sœurs Marie-Paule et Marie-Élisabeth, qui deviennent de
vraies spécialistes en ce domaine, animent la retraite.
Le 13, pour le triduum pascal, l’accueil affiche "complet". "Mandatum" au réfectoire pour la communauté: après le commentaire de l’évangile du jour, Mère Loyse procède au lavement des pieds. Un repas de fête a lieu ensuite. Les conférences des trois Jours Saints sont données par monsieur l’abbé Focant, professeur à l’U.C.L. Elles ont pour titre : "Du sacrifice d’Isaac à la Passion-Résurrection de Jésus".
Le
16, beaucoup de personnes participent à l’eucharistie de ce jour de Pâques.
Avant le repas de midi, nous prenons l’apéritif à l’infirmerie pour entourer
sœur Marie-Pierre qui se remet doucement de son opération.
Le
19, un groupe d’élèves amenés par madame Schumacher commence une retraite en
allemand sous la conduite de sœur Birgitta.
Le
22, réunion inter-oblatures à Liège pour sœur Bénédicte. À l'accueil, arrivée
de 23 jeunes, de Limelette, qui se préparent à leur profession de foi. Sœur
Marie-Élisabeth leur donne son témoignage.
Le
23, à 16h., dans l’église de
Devant-Les-Bois, concert donné par la chorale du Beffroi Notre Dame de Namur à
laquelle se sont jointes la chorale paroissiale ainsi que sœurs Marie-François,
Hildegard, Birgitta et Marie-Élisabeth. Le profit de ce concert nous est offert
gracieusement pour la restauration de la ferme. Que les choristes et tous ceux
qui sont venus les entendre soient encore vivement remerciés !
Les
25-26, session annuelle de travail pour les rédacteurs de la revue "Feu
Nouveau".
Le
25, à la demande de notre évêque, mère Loyse donne un enseignement aux jeunes
prêtres du diocèse de Namur, réunis au séminaire pour leur rencontre mensuelle.
Elle leur parle du "Christ dans le psautier".
Le
27, dans la soirée, nous accueillons les personnes du village et quelques amis
pour les informer de notre projet de restauration de la ferme. Mère Loyse
expose les motifs qui ont guidé la communauté. Monsieur Paquet, architecte,
explique les plans à l’aide de croquis. Très bonne rencontre où nous avons
perçu un enthousiasme encourageant.
Le
29, journée biblique animée par mère Loyse, sur Salomon. Sœur Marie-Élisabeth
s’occupe des enfants.
Mai
Le 5, sœur Marie-Paule participe à la réunion de la commission liturgique du diocèse de Namur, à Ciney.
Arrivée
d’un groupe d’enfants qui se préparent à la profession de foi. L’animation est
assurée par sœur Marie-Élisabeth.
Le
6, une chorale d’environ trente personnes se réunit au monastère pour la journée.
Le
7, sœurs Bénédicte et Claire vont chez nos sœurs clarisses, à Malonne, y
entendre une conférence du frère Guénolé, franciscain, actuellement en mission
à Istanbul, sur le thème: "Être chrétien en Turquie aujourd’hui".
Le
8, mère Loyse part pour l'abbaye d’Oriocourt, en France, où a lieu, jusqu’au
mercredi suivant, une retraite pour les supérieures de l’Union des Bénédictines
de Belgique (U.B.B.). Les conférences sont données par le père abbé Nicolas, de
Maredsous.
Sœur
Marie-David se rend à Strasbourg pour y passer une série d’examens préparant à
la licence en théologie.
Le
9, funérailles de monsieur l’abbé Berny, curé de Sosoye, en présence de Mgr
Warin, évêque auxiliaire de Namur et de nombreux prêtres. Sœur Marie-Paule
participe à la célébration.
Départ
de sœur Birgitta à l’abbaye des bénédictins de Kornelimünster, en Allemagne, où
elle participe à une session de psychologie pastorale sur l’écoute, donnée par
le professeur H. Egerer-Schaffrin (cf. article p. 8).
Le
15, sœur Miryam s’envole vers l'Italie (jusqu’au 22) pour participer, à Bari, à
la rencontre du groupe œcuménique "Kaïré" (cf. article p.3). Elle y
représente l’U.B.B.
LES
TRAVAUX de restauration de la ferme COMMENCENT.
Le
17, nous accueillons 9 sœurs bénédictines du monastère de "La Vigne"
à Bruges pour leur excursion communautaire. Elles arrivent à 10 h. et nous
quittent après les vêpres. L’eucharistie et le repas nous rassemblent avant la
visite de la maison et des ateliers. Très bonne rencontre fraternelle.
Le
18, réunion de quelques moines et moniales qui s’occupent de magasins
monastiques (Wavreumont, Clerlande, Brialmont, Ermeton).
Le
20, mère Loyse et sœur Marie-François participent à la messe d’hommage à la
mémoire de Paul Orianne, ami de longue date du monastère et neveu de sœur
Anne-Marie qui a fait partie de notre communauté. L’eucharistie est célébrée
par monsieur l’abbé Mawet, curé de la paroisse Sainte-Alix à Bruxelles. Paul et
Marie-Blanche, son épouse, ont assisté jadis aux nombreuses conférences
bibliques données au monastère et nous gardons avec leur famille des liens
toujours vivants.
Le
21, nos sœurs de Louvain-La-Neuve réunissent leurs amis, pour la dernière fois
dans leur monastère. Mère Loyse, sœur Bénédicte, sœur Marie-David et Isabelle
les rejoignent. Cette journée, très bien organisée, réunit environ 80
personnes. Les divers témoignages et activités font de ces moments passés
ensemble une heureuse rencontre. Que tous ces amis deviennent les nôtres. Ils
sont cordialement invités à Ermeton !
Le
même jour, 22 confirmands de Biesmerée et des environs, au monastère pour le
week-end, se retrouvent à l’eucharistie avec leurs parents, parrains et
marraines. Monsieur l’abbé P. Denis anime cette rencontre et préside
l’eucharistie.
Le 26, première instruction d’une retraite de trois jours en néerlandais donnée par sœur Hildegard, sur le thème : "God ontmoeten in zijn Woord".
Le
29, assemblée générale de l’U.R.C. (Union des
Religieuses Contem-platives) à Scourmont. Mère Loyse y participe avec sœur
Claire.
Juin
Le
5, début d’une session donnée par Françoise Morard sur les débuts du
monachisme. Huit sœurs de Belgique et de France y participent, bénédictines,
cistercienne et clarisse.
Le
6, accueil des agents pastoraux de la région de Charleroi. Mère Loyse assure
les conférences sur le prophète Jérémie.
Le
9, fin de la session d’histoire monastique, dans l’après-midi. Pendant leur
séjour, les participants ont partagé nos rencontres du soir.
Le
10, le Pasteur Vilain et environ 25 personnes de la "fraternité des
Veilleurs" passent le week-end au monastère. Mère Loyse leur donne deux
conférences sur Osée.
Le
13, des responsables de la Mutuelle des Religieux et leurs supérieurs se
réunissent au monastère pour une conférence d’information.
Le
21, sœur Bénédicte participe au forum des infirmières à Champion. Au programme
de la journée : les deuils à vivre par la personne âgée, malade ou en fin
de vie. Comment accompagner la personne âgée. Une conférence est donnée par le
docteur V. Latteur, gériatre à l’IMTR de Loverval.
Le
28, mère Loyse se rend à Brialmont, chez nos sœurs trappistines, où a lieu la
session d’examens et la remise des diplômes pour les élèves de l’I.T.I.M.
(Institut Théologique Inter-Monastères).
Le
30, après les vigiles, première conférence donnée par mère Loyse aux oblats et
oblates bénédictins de Belgique et de France, en session ce week-end au
monastère. Les entretiens portent sur le chapitre 7 de la Règle de saint Benoît
"De l'humilité".
Les
"Amis d'Ermeton" souhaitent la bienvenue aux sœurs de Louvain-la-Neuve
qui deviennent aussi leurs amies !
Le
petit magasin qui accueille hôtes et passants à la porterie du monastère
connaît depuis quelques mois un développement manifeste. L'Amandier interroge à
ce sujet les principaux acteurs de ce développement.
L'Amandier:
Pouvez-vous nous retracer un peu l'histoire du magasin ? Quand a-t-il débuté ?
Sœur
Loyse: C'est
dans les années '70 qu'on a commencé à vendre quelques livres à la porterie du
monastère, à l'initiative de sœur Ida, une hollandaise, bibliothécaire de
métier. Un simple banc suffisait à l'étalage des ouvrages, déposés alors par la
société "Arc-en-Ciel". En 1980, j'ai succédé timidement à sœur Ida
dans la charge de "libraire" puis, à partir de 1984, sœur Humbeline,
âgée, artiste et un peu rêveuse, m'a remplacée. Elle s'est occupée surtout de
vendre des cartes ainsi que les bougies qu'elle confectionnait, bougies
artisanales décorées de fleurs séchées. En 1987, sœur Bénédicte a repris la
charge et c'est à partir de ce moment que la librairie a commencé à se
développer.
-
Pouvez-vous nous expliquer comment et dans quel sens ?
Sœur
Bénédicte:
Ayant reçu la charge d'hôtelière en même temps que celle de libraire, je me
suis préoccupée de proposer aux hôtes un choix d'ouvrages religieux de qualité,
qui tienne compte à la fois de leur demande et de la vocation propre du
monastère. J'ai cherché à privilégier les ouvrages concernant la Bible, la
théologie, la spiritualité monastique; j'ai également ouvert un petit rayon de livres
pour enfants, et élargi l'éventail des cartes, signets et images religieuses.
Il a fallu étendre la surface de vente en conséquence et réaménager peu à peu
l'espace. Je l'ai fait avec l'aide d'Henriette Libert, une oblate du monastère.
De nouveaux présentoirs de cartes et de livres ont été ajoutés, notamment le
grand présentoir central, encore surélevé l'an dernier.
Suite
au développement des ateliers d'artisanat, de nouveaux articles ont été mis en
vente (bougies, étains bibliques, vannerie), ainsi que, plus récemment, des
vases de grès confectionnés par nos frères de Bose et quelques icônes écrites
par André Beniest, un ami de longue date. Ceci a entraîné encore l'acquisition
de deux vitrines pour abriter les objets fragiles ou précieux.
Pendant
longtemps, les produits alimentaires se sont limités au miel maya, comme un
service d'aide. Peu à peu, d'autres produits en provenance de quelques
monastères amis sont venus timidement s'y ajouter: champignons de l’abbaye de
Brialmont, pâtes de fruits de Valognes, ou même…
savons naturels de Brecht !
Au
fil des ans, la charge de la sœur "libraire" s'est ainsi profondément
transformée et aussi alourdie. Entre-temps j'avais quitté la responsabilité de
l'accueil pour assumer celle des malades. C'est ainsi qu'il y a six mois, suite
à la décision communautaire de transformer la ferme en accueil et d'y
transférer le magasin, le flambeau de ce dernier est passé à sœur Nicole.
-
Sœur Nicole, vous héritez donc d'une lourde tâche, déjà bien préparée.
Pouvez-vous confier aux lecteurs de l'Amandier comment vous l'envisagez
dorénavant ?
Sœur
Nicole:
Pour l'instant, on m'a confié la charge de développer autant que possible le
magasin actuel afin de préparer son transfert à la ferme et d'assurer sa
rentabilité. Pas à pas, j’essaie d’étendre la gamme des produits alimentaires :
huile d’olives de Bose (Italie) et biscuits de l’abbaye de Claire-fontaine
(Cordemois) apparaissent dans les rayons, comme aussi certains produits
indispensables à toute famille : peinture latex intérieure et extérieure,
latex pour façade et répulsif forestier fabriqués par nos frères du monastère
Saint-Remacle de Wavreumont.
La
commission commerciale de France pour les produits d’artisanat monastique nous
a délivré le label « MONASTIC » qui approuve la qualité de ce que
nous fabriquons. Aussi je souhaiterais maintenant faire mieux connaître les
produits de nos ateliers, non seulement chez nous mais également à l’extérieur,
dans d’autres magasins monastiques et, pourquoi pas, dans les magasins "ATC"
(Aide au Travail des Cloîtres) qui existent à Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille,
Nantes, Paris, Rennes et Toulouse.
Dans le domaine de la librairie, tout en conservant la ligne tracée par sœur Bénédicte (théologie, philosophie, bible, exégèse, langues anciennes, grec et hébreu, y compris la collection des Midrash sur le Cantique des Cantiques et les Livres de Ruth et d’Esther…), j’élargis surtout la gamme des BD et des "livres pour enfants de 0 à 12 ans". Je voudrais, par la diffusion de CD, faire mieux connaître la musique classique (Mozart, Bach…), notamment aux futures mamans et aux tout petits. C'est ainsi que j’offre à la vente une collection de 7 CD réalisée par de grands musiciens en collaboration avec un médecin. Bien sûr, vous trouverez aussi au magasin des CD de musique instrumentale, ou de chants grégoriens les plus renommés (Ligugé, Silos…), de musique byzantine, sans parler des chansons bien françaises (Jean-Claude Giannada, Mannick…) et des Gospels (Mahalia Jackson, John Littleton…) …
J'invite
donc tous les lecteurs de l'Amandier à venir découvrir notre "petit"
magasin, bourré de surprises. Et pour finir, je vous signale que, si vous
devez offrir un cadeau de mariage, vous trouverez chez nous des services à café
avec plateau, des vases, pique-fleurs, saladiers, services à glaces ou à
macédoine, milieux de table, tout cela en superbe grès provenant du Monastère
de Bose, en Italie, communauté œcuménique amie d’Ermeton qui nous accorde
l'exclusivité de ses productions. Depuis quelques mois, sœur Bénédicte s'adonne
à la peinture sur soie. Les foulards qu'elle commence à réaliser se vendent
déjà bien.
Sans nul doute, les lecteurs de l'Amandier seront encore informés au sujet du magasin dans les années qui viennent. Nous souhaiterions que le nouveau magasin puisse contribuer davantage à notre gagne-pain, tout en représentant une forme d'entraide économique avec d'autres communautés monastiques, puisque aujourd'hui nous sommes tous et toutes confrontés aux mêmes problèmes. Dans l'étude nécessaire à la réalisation de notre projet, je suis heureusement conseillée et aidée par nos amis et, en particulier par Luc Hendrickx, un jeune pensionné, spécialiste des questions commerciales et, depuis dix ans, membre d'une de nos Fraternités. Je lui cède volontiers la parole.
-
Luc, pouvez-vous déjà nous aider à entrevoir ce que sera le magasin de demain à
la ferme du monastère ?
Luc
Hendrickx: Je
puis vous dire en tout cas qu'il gardera le même cap que le magasin actuel,
mais en élargissant son horizon. La gamme des produits à vendre s'ouvrira
davantage et la gestion s'informatisera le plus vite possible, car sans l'outil
informatique, à l'heure actuelle, la gérance est pratiquement impossible. Le
choix des produits sera orienté vers la qualité. On privilégiera ceux qui proviennent
de nos propres ateliers et ceux qui sont proposés par les autres monastères. Il
nous semble important de favoriser un esprit de grande fraternité entre les
communautés, de développer l'échange et l'entraide entre tous. On s'attachera
aussi à proposer les produits les plus naturels possible, qualité à laquelle
les monastères attachent beaucoup d'importance.
Dans un premier temps, on trouvera au magasin un plus grand choix de produits alimentaires et de disques, ainsi que quelques produits cosmétiques. La gamme des livres s'élargira; enfants et adolescents seront davantage ciblés. Les dictionnaires voisineront avec les livres spirituels. Retraitants et tout petits – pour prendre les extrêmes – trouveront à se satisfaire !
L'objectif
du magasin monastique restera donc apostolique, tout en essayant de répondre à
la demande toujours plus exigeante non seulement des hôtes mais aussi des
personnes de passage qui sont nombreuses. La règle de saint Benoît restera
notre guide.
Mais
la réputation de notre magasin monastique dans la région doit encore grandir et
s'améliorer. Il faut favoriser le meilleur contact possible avec les personnes
des environs et augmenter les rentrées financières pour subvenir à l'entretien
des bâtiments du monastère et de la communauté. Lourde tâche !
Une présence permanente sera assurée à heures fixes dans le nouveau magasin. Celui-ci pourra ainsi fonctionner comme un magasin "normal", en tenant compte de l'horaire des offices naturellement. On avancera pas à pas, sans précipitation, car d'autres tâches attendent la communauté comme l'accueil des sœurs de Sainte-Gertrude, avec leur atelier de céramique dont quelques productions sont déjà en vente au magasin.
Vous
le voyez, pour bien comprendre comment doivent fonctionner porterie et magasin,
il faut s'intégrer quelque peu dans la vie des moniales ! Vous saisirez alors
la nécessité d'une collaboration étroite entre les personnes respectivement
responsables des ateliers et de la porterie. Un esprit d'équipe et d'entraide
doit nous guider tous. Comme vous pouvez le constater, le magasin est quelque
chose de vivant, toujours en mouvement, toujours en cours d'adaptation et qui
nourrit de grandes espérances….
-
Et pour conclure ?
Luc:
Je voudrais remercier toutes les moniales qui
ont contribué à la mise sur pied de la librairie, les sœurs qui travaillent
dans les ateliers, les bénévoles de la porterie, et déjà tous ceux et celles
qui nous donneront des idées en vue de l'amélioration et du bon fonctionnement
de notre magasin, actuel et futur !
Après une longue attente, les
travaux de restauration de la ferme ont enfin pu commencer, le 15 mai dernier.
Depuis lors, ils vont bon train. Une réunion de chantier rassemble, chaque
jeudi, l'architecte, l'entre-preneur et le "maître d'œuvre"
c'est-à-dire un petit groupe de sœurs assistées de deux conseillers, amis
d'Ermeton.
La
visite du chantier est suivie d'une rencontre autour de la table pour les mises
au point utiles. Les échanges se sont, jusqu'ici, toujours déroulées dans le
climat le plus constructif - c'est le cas de le dire !
Le
détournement du ruisseau a été effectué dès la première semaine des travaux ainsi que la démolition des garages et l'agrandissement du parking pour un
accès direct par le parc.
Après six semaines, la station d'épuration est placée, les fondations sont posées ou consolidées, les murs du magasin montés et le premier niveau est couvert. Le chantier interrompu par les congés reprendra le 2 août. On espère que le bâtiment du futur magasin sera sous toit dans le courant du mois de septembre pour s'occuper alors, de la grange et de l'étable, avant l'hiver.

Entre-temps, nos amis continuent fidèlement à nous aider, de
leur intérêt, de leur amitié, de leurs conseils, tous à la mesure de leurs
moyens. Nous sommes heureuses de pouvoir leur montrer dans ces images la
concrétisation de leur aide et nous les remercions chaleureusement, une fois de
plus.


![]()
La
question nous est souvent posée de l'obtention éventuelle d'une déduction
fiscale pour les dons qui nous sont adressés. Cette obtention n'est pas facile.
Elle est possible pourtant et elle nous a été suggérée. Mais, pour en
bénéficier, il nous faudrait passer par un organisme caritatif dont le nom
garantirait que la somme donnée est destinée aux pauvres. Il faut être clair:
cela nous gêne. Les hôtes qui nous fréquentent sont rarement de vrais
"pauvres" et nous ne le sommes pas non plus. Ceux qui se présentent à
l'accueil règlent leur pension selon leurs moyens, les uns plus largement, les
autres moins, d'autres encore pas du tout. En demandant la déduction fiscale
pour les dons destinés à nos travaux, nous aurions le sentiment d'améliorer
notre situation économique aux dépens de plus pauvres que nous. Tant de
personnes qui souffrent de la misère, même dans nos pays et a fortiori
ailleurs, dépendent, pour survivre, de la générosité des organismes de
bienfaisance. Nous n'en dépendons pas. Ceux qui nous aident, le font par amitié
pour Ermeton, parce qu'ils croient au rayonnement de la vie qu'on y mène et
qu'ils veulent y contribuer. Ils ne nous aident pas parce que nous manquons du
nécessaire.
Voilà
pourquoi nous sommes doublement reconnaissantes à tous nos amis de la
solidarité qu'ils nous manifestent. À l'heure actuelle, nous disposons environ
des deux tiers des fonds nécessaires à l'achèvement des travaux. Nous
continuons donc à en porter le souci, dans la confiance toutefois, nous
souvenant de ce conseil de saint Benoît adressé à l'abbé: "De peur qu'il
ne se préoccupe à l'excès de la modicité des ressources du monastère, il se
rappellera qu'il est écrit: 'Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice:
le reste vous sera donné par surcroît'." Merci à nos amis de ce
"reste" auquel ils contribuent !
Comptes bancaires
DEXIA : 776-5976771-19 (IBAN : BE39 7765 9767 7119 BIC :
GKCCBEBB)
Pour
la France :
Société
Générale Givet : 0003729001810 (IBAN
: FR76 30003 00581 00037290018 10),
(BIC–ADRESSE SWIFT : SOGEFRPP)
avec
la mention "la lampe et le lampadaire"
Nous
poursuivons la publication de l’article du Père Daniel Misonne paru dans la
"Lettre de Maredsous" (1996/2). Nous le remercions encore de nous
avoir permis de le reprendre.
Souvent, saint Benoît
est nanti d'une coupe brisée à ses côtés. On n'hésite pas à y voir une allusion
au miracle rapporté par saint Grégoire (Dialogues, ch. 3). Des moines,
raconte-t-il, viennent demander au jeune Benoît, solitaire dans sa grotte, de
devenir leur supérieur; il hésite puis accepte, mais il exige une stricte
discipline. Les moines en sont mécontents. « Ils décident d'empoisonner
son vin. Benoît est assis à table. Les frères lui présentent le flacon de vin
empoisonné pour qu'il le bénisse selon la coutume du monastère. Benoît étend la
main et fait un signe de croix.
Le flacon se casse brusquement; il apportait la mort, et le voila entièrement
brisé. » Cette scène a été reproduite de nombreuses fois dans les cycles
iconographiques de la vie de Benoît. Mais ce qui doit retenir ici notre
attention, c'est la coupe brisée comme attribut du saint.
Alors que le thème du fouet - on l'a dit - ne se voit qu’en
Italie, celui de la coupe, en revanche, est propre aux régions du nord des Alpes,
et seulement à partir de la fin du 15e siècle. L'épisode du vin
empoisonné, rapporté par Grégoire, serait-il à l'origine de notre symbole ?
Rien n’est moins sûr. S'il existe une relation entre cet épisode et le thème de
la coupe, elle a été ajoutée plus tard. Le thème de la coupe, en réalité, prend
naissance dans un contexte tout différent de celui des Dialogues. Voici
comment.
![]()
Un moine
copiste de l'abbaye de Metten (Bavière) a reproduit en 1414, dans une
« Bible des pauvres », manuscrit conservé aujourd'hui à la
bibliothèque de Munich (Clm 8201), un dessin où, affronté à un monstre
féminin, saint Benoît brandit de la main droite une croix et tient de l'autre
main une banderole avec l'inscription : « Vade retro Satana / Numquam
suade mihi vana / Sunt mala quae libas / Ipsa venena bibas » (Retire-toi,
Satan, ne m’inspire pas des choses vaines. C’est le mal que tu offres a boire ;
bois toi-même tes poisons)[1].
Le dessinateur n'a pas inventé cette figuration. Il avait sous les yeux une
miniature du 14e siècle, mais qu'il a légèrement modifiée. Sur la
miniature de ce manuscrit (actuellement à Wolfenbüttel, Helmst. 2° 35a),
on voit les deux personnages antagonistes : le moine, à gauche-sans l'auréole
du manuscrit de Metten - est appelé Religio, et l'être monstrueux qui
lui fait face, Figura mundi, qu'on peut traduire par « symbole de
l'esprit mondain ». Rien donc dans ces deux dessins - celui de Metten et
son modèle - qui fasse référence au récit de saint Grégoire.
Ce qui nous
intéresse, c'est de constater que l'être monstrueux porte, bien mis en
évidence, un gobelet de verre contenant du poison et que ce gobelet occupe
vraiment le centre de la scène. C'est d'ailleurs en le désignant que Benoît
enjoint au monstre de boire lui-même le breuvage. Nous avons donc sur le dessin
les trois éléments essentiels du « saint Benoît à la coupe » :
Benoît, un gobelet empoisonné et Satan. Or, les premiers témoins connus de
notre type d'image apparaissent précisément en Allemagne du Sud (région de
Metten) dès la fin du 15e siècle. Ainsi, dans le retable de Sankt
Wolfgang, le sculpteur Michaël Pacher a représenté, en 1477-1481, le saint
tenant lui-même le gobelet d’où s'échappe un serpent, symbole de Satan.
Benoît a réduit le monstre à néant, et c'est lui maintenant qui maîtrise le
poison. Un ensemble similaire se voit aussi dans la Chronique de Nuremberg
(1493) d'Anton Koberger, sur un diptyque de Salzbourg (1500) et un dessin
d'Albert Dürer du début du 16e siècle.

Mais
progressivement va s'opérer un change-ment, minime en apparence, qui donnera
cependant une nouvelle signification au symbole : le gobelet (ou la coupe),
sous le geste de bénédiction de Benoît, se brise. Il se brise, comme s'était
brisé le flacon empoisonné du récit de saint Grégoire. On regarde maintenant l'image
du « saint Benoît à la coupe » comme une illustration des Dialogues
; on a perdu de vue sa signification première. Ainsi les trois graveurs
anversois, Corneille Galle et Jérôme Wierix, vers 1600, et un peu plus tard
Pierre Verbruggen (mort en 1691), nous montrent le saint avec une coupe cassée
d'où s'écoule le vin; de nombreux artistes des 17e et 18e
siècles reprendront ce thème. La statue du pèlerinage à saint Benoît de
Maredsous - elle provient de l'abbaye cistercienne de
Saint-Bernard-sur-l'Escaut et date de la fin du XVIle siècle - est de ce type.
(À
suivre…)
Père Daniel Misonne,
Maredsous
Page
des jeunes
Le lundi 28 août 2006,
aura
lieu la 4e journée annuelle des enfants.
Le
thème de cette journée :
« Dis, raconte-moi une
histoire… »
Cette
année, comme l’an passé, nous accueillerons un invité.
Cette
fois, ce sera une invitée :
Philomène Waka,
amie de nos sœurs de Louvain-la-Neuve.
Elle nous fera entrer
dans l’univers magique des contes africains.
De
plus, l’animation de la journée est, cette année, partiellement confiée à
quelques jeunes « Amis d’Ermeton ». Nous comptons beaucoup
sur leur dynamisme et leur créativité pour nous entraîner eux aussi dans de
merveilleuses histoires jouées, contées, découvertes dans le jeu…
Surprise !!!!
Il
serait prudent de prévoir des vêtements de jeu…, des souliers de marche et – on
est en Belgique – un vêtement pour la pluie, car rien ne nous arrêtera…
Arrivée
pour 10h à la porterie du Monastère. La journée se terminera par le chant des
vêpres avec la communauté. Départ à 17h30.
Ne pas oublier :
le
pique-nique et les boissons,
de
mettre ce jour-là des souliers et habits pratiques pour jouer,
participation
aux frais : 5 € (goûter fourni)
S'inscrire le plus
rapidement possible et en tout cas avant le samedi 26 août !
Merci
d'avance et... à bientôt !
[1]
Ces
vers léonins figureront sous une forme abrégée sur toutes les médailles de
saint Benoît, depuis les premières du 17e siècle jusqu'à nos jours.